Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La scène du conseil municipal à Ivry-sur-Seine illustre le malaise en France concernant la laïcité. Cela fait des années, voire des décennies, qu'il existe des polémiques autour d'un sujet sensible qui divise le débat public : le voile islamique.
Pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, il faut remonter le fil de notre histoire récente. Il faut se rappeler l'épisode de Creil en 1989[1], puis l'interdiction des signes religieux à l'école en 2004[2], avant toutes les polémiques au sujet du burkini qui ont suivi. Des maires ont interdit le burkini, tandis que d'autres, comme Éric Piolle, demandaient à l'autoriser dans les piscines de leur ville.
Face à cette cacophonie, il convient de revenir aux fondamentaux juridiques. Il faut simplement comprendre que la laïcité consiste en une séparation de l'État et des cultes. Dès lors, l'État n'a pas à légiférer concernant un bout de tissu porté sur la tête. La sphère privée et le secteur privé obéissent à d'autres règles : qu’Action l’autorise ou qu’Auchan l’interdise pour ses salariés, cela relève du droit du travail et non des principes constitutionnels de la République.
Il faut également rappeler un principe juridique essentiel : la neutralité ne s'applique qu'aux agents publics, et non aux enfants ou aux élus politiques. Cette élue a donc le droit de porter le voile et de représenter la République, comme il existait par le passé des élus en soutane sur les bancs de l'Assemblée nationale. Un élu tire sa légitimité du suffrage universel ; il n'est pas un agent de la fonction publique soumis au devoir de réserve.
L'élu du RN qui a sorti sa croix avait également le droit de le faire. La liberté d'arborer un signe religieux lui est aussi reconnue en tant qu'élu. En revanche, le fait de réciter un « Je vous salue Marie » était de trop, car il s'agit alors d'une forme de prosélytisme, sortant du cadre de sa liberté d'expression. Cela ne justifiait toutefois pas une suspension du conseil par le maire PCF, qui a donné l'impression d'appliquer un principe de deux poids, deux mesures.
Bref, la laïcité est devenue un sujet complexe alors qu'elle devrait être simple. Il suffirait d'appliquer la loi de 1905[3], toute la loi, mais rien que la loi, afin d'apaiser un débat aujourd'hui largement hystérisé.
Nicolas Maxime
[1] Sur l’affaire de Creil en 1989 et la première grande controverse française sur le port du voile à l’école, voir : Conseil d’État, Avis du 27 novembre 1989 relatif au port de signes d’appartenance à une communauté religieuse dans les établissements scolaires, n° 346893.
[2] Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics, Journal officiel de la République française, 17 mars 2004.
[3] Loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l'État, Journal officiel de la République française, 11 décembre 1905.