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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La France brûle

Il faut absolument se rendre compte de ce qui se passe actuellement. C'est une catastrophe écologique sans précédent. Pour mesurer l'ampleur du désastre, il faut regarder du côté de la Gironde : 42 000 hectares brûlés et 220 000 personnes évacuées[1]. Et les Landes et le Var s'embrasent à leur tour, et si l'évacuation de la métropole de Bordeaux n'est pas à l'ordre du jour actuellement, puisque le front des flammes le plus proche se situe encore à 15 km de l'agglomération, elle n'est plus totalement exclue pour les prochaines 24 heures si les vents tournent et que les conditions météo continuent de se dégrader[2].

Bien entendu, les incendies de forêt sont en majeure partie déclenchés par des pyromanes, des imprudences humaines ou des accidents, mais c'est le dérèglement climatique qui agit comme le véritable accélérateur du désastre. La sécheresse extrême et les canicules répétées transforment la moindre étincelle en un brasier incontrôlable. Pourtant, ce n'est pas comme s'il n'y avait pas eu des centaines ou des milliers de rapports scientifiques annonçant exactement ce qui allait se passer concrètement.

Les sapeurs-pompiers et la Sécurité civile font face aux flammes avec une abnégation remarquable, mais ils sont contraints d'affronter des incendies d'une ampleur inédite avec un manque manifeste de moyens. Sur le terrain, l'entraide populaire et paysanne pallie le sous-équipement de l'État : aux côtés des secours, les agriculteurs se mobilisent, traçant des pare-feux en urgence avec leurs tracteurs et acheminant des milliers de litres d'eau pour étouffer les départs de feu.

Rappelons-nous également que face aux revendications historiques des pompiers en octobre 2019, lorsque ces professionnels réclamaient des effectifs et des moyens pour faire face à ces carences publiques, la seule réponse du gouvernement et de Christophe Castaner a été l'envoi des forces de l'ordre, les gaz lacrymogènes et le canon à eau sur le périphérique parisien. La réponse de la macronie : la répression en guise de dialogue social.

Et encore une fois, comme lors de la pandémie de Covid-19 ou des précédentes canicules, on assiste à une impréparation totale du gouvernement. Le manque de Canadairs en est l'illustration la plus flagrante : la France ne dispose toujours que d'une douzaine d'appareils vieillissants — dont plusieurs sont régulièrement en panne ou en maintenance — alors même que les départs de feux se multiplient. La flotte reste désespérément sous-dimensionnée. On gère l'urgence au jour le jour, à coups de bricolage et d'appels à la solidarité.

Le pire dans tout ça ? Cela ne risque aucunement de faire réagir la population dans le bon sens. De nombreuses études ont démontré qu'il n'y a aucune conscience écologique spontanée qui se réveille au cœur des flammes. En réalité, faute de prise de conscience collective et d'une augmentation bien réelle des moyens consacrés à la lutte contre le dérèglement climatique, plus les incendies et les épisodes caniculaires se répètent, plus les gens s'accoutument, s'enferment dans la résignation ou l'individualisme radical.

Ce vide politique laisse toute la place à un discours climatiste et réchauffiste basé sur la peur qui sert — comme lors du Covid — à imposer un contrôle renforcé. Et l'on retombe inévitablement dans le même mimétisme entre d'un côté, ceux qui vont nier l'existence même du dérèglement climatique en y voyant un complot des élites, et de l'autre, ceux qui cherchent à imposer par des mesures autoritaires et sanitaires l'application de leur récit.

En attendant, le constat reste le même : la France brûle.

 

Nicolas Maxime


[1] Mediapart, 220 000 personnes évacuées, 42 000 hectares brûlés : le feu en Gironde n’est toujours pas maîtrisé, 26 juillet 2026.

[2] Le Nouvel Obs, Feu en Gironde : le point sur l’incendie monstre désormais “à 15 kilomètres” de l’agglomération de Bordeaux, 26 juillet 2026.

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