Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il faut bien comprendre désormais que la bifurcation écologique tant vantée par les discours officiels ne se concrétisera pas. La transition écologique aurait dû commencer il y a vingt ans de cela, à l'heure où les marges de manœuvre existaient encore. Aujourd'hui, il est tout simplement trop tard.
Tout d'abord parce que cela exigerait une coordination entre les pays au niveau mondial. Or, force est de constater que malgré la succession des COP et la multiplication des grands sommets internationaux, rien de concret ne s'est jamais produit en dehors de déclarations d'intentions vagues et d'accords de principe sans contrainte. À cela s'ajoute le fait que la France ne compte que pour environ 1 % des émissions directes de gaz à effet de serre mondial, bien que notre empreinte carbone globale soit nettement plus élevée dès lors que l'on intègre les émissions importées, c'est-à-dire la pollution engendrée à l'étranger pour fabriquer les biens et services que nous consommons au quotidien[1].
Cette transition demande également de la part de l'État comme des citoyens un bouleversement complet des habitudes de consommation et des modes de vie. Or, soyons lucides : qui est réellement prêt à sacrifier son confort, son pouvoir d'achat, sa liberté de circulation ou son niveau de vie actuel au nom de la sobriété ?
Face aux scénarios scientifiques qui nous orientent désormais irrémédiablement vers des trajectoires à +2°C ou +4°C, l'illusion de la gestion préventive doit céder la place au principe de réalité[2]. Ce qu'il faut désormais, c'est s'adapter à ces transformations inéluctables : faire face aux incendies dévastateurs, aux inondations à répétition et aux vents violents qui vont devenir plus fréquents ; prémunir nos agriculteurs contre les sécheresses à répétition ; repenser l'aménagement urbain entre déploiement mesuré de la climatisation et végétalisation massive des villes face à la multiplication des canicules. Bien entendu, cela n'empêche pas d'agir avec pragmatisme pour limiter la surconsommation énergétique et le gaspillage : la rénovation thermique des bâtiments, le développement des circuits courts, la consommation responsable, l'économie circulaire et le recyclage en sont de bons exemples.
Mais surtout, il s'agit de cultiver la résilience qu'elle soit individuelle, collective et territoriale. Cette résilience ne pourra toutefois pas s'accomplir dans le cadre du modèle actuel. Elle exige une rupture nette avec le capitalisme néolibéral, en particulier sa financiarisation à outrance et la mondialisation effrénée des échanges, qui reposent sur des systèmes de production délocalisés ayant accru notre dépendance aux importations et fragilisé notre autonomie. Et surtout de rompre immédiatement avec les traités européens qui limitent les marges de manœuvre des États en matière économique et écologique — un comble que EELV soit autant favorable à la construction européenne ! La meilleure politique écologique — la seule qui soit réellement réaliste — consiste à relocaliser nos activités essentielles. Nourrir la population, produire notre énergie, fabriquer nos médicaments et maintenir nos industries stratégiques sur le sol national relève impérieuse nécessité de survie collective face aux chocs à venir.
Ce dont il faut enfin prendre conscience, c'est que la transition écologique promise n'aura jamais lieu sous la forme d'un grand soir verdoyant. Il s'agit plutôt de se préparer intelligemment aux secousses, voire même à l'effondrement, en anticipant les crises à venir plutôt qu'en attendant de les subir. Si nous faisons preuve de résilience face à ce changement d'époque, nous pourrons préserver ce qui compte le plus : notre souveraineté, notre modèle social et notre capacité à décider collectivement de notre avenir.
Nicolas Maxime
[1] Insee, « Émissions de gaz à effet de serre et empreinte carbone de la France en 2023 », Insee Première, n° 2023, 5 novembre 2024 — pour la distinction entre les émissions françaises et l’empreinte carbone intégrant les émissions liées aux importations ; Insee, « Peut-on prendre en compte le climat dans les comptes nationaux ? », 5 novembre 2024 — pour la comparaison des émissions françaises avec les émissions mondiales.
[2] GIEC, Changement climatique 2023 : Rapport de synthèse, 2023 — pour les trajectoires de réchauffement allant de +1,5 °C à plus de +4 °C selon les scénarios.