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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Ce que dit Citizen Vigilante de la droite moderne

En ce moment, un film fait énormément parler de lui : Citizen Vigilante[1]. Réalisé par Uwe Boll — que l'on peut désormais qualifier de Ed Wood des temps modernes tellement c'est un mauvais réalisateur —, ce long-métrage s'est transformé en un véritable phénomène médiatique sur les réseaux sociaux. Interdit en Allemagne, Elon Musk, l'a diffusé gratuitement sur son compte X auprès de ses millions d'abonnés au nom de la lutte contre la censure.

Pourtant, derrière le coup de comm’, il n'y a pas grand-chose. Déjà parce que le film est d’une nullité absolue sur le plan cinématographique. Le synopsis est le suivant : Michael Sanders (incarné par un Armie Hammer en pleine déchéance) est un riche promoteur immobilier américain installé en Europe. Après le meurtre de sa mère, et face au laxisme supposé des tribunaux, il décide de devenir un justicier en se mettant à exécuter de manière délibérée des criminels, des juges, mais surtout les populations migrantes. Le résultat est consternant. Filmé à la va-vite en Croatie, le film accumule les faux raccords, les éclairages ternes dignes d'un parking de supermarché, les effets numériques low-cost et de longs monologues ridicules. Les scènes d'action manquent de rythme, les personnages sont caricaturaux et la mise en scène semble absente. Rien ne tient debout. C’est le degré zéro du septième art. Difficile d'y voir autre chose qu'un navet.

Ce qui est terriblement révélateur dans la célébration de cette daube par une partie de la droite et de l'entourage de Musk, c'est le contraste que l'on obtient lorsqu'on compare ce film à Yellowstone, véritable série de droite[2]. Dans la série créée par Taylor Sheridan, la famille Dutton se bat préserver ses terres mais aussi les paysages et l'environnement du Montana face au Grand Capital : le riche minier Donald Whitfield (dans 1923), Dan Jenkins, les frères Beck, ou encore le fonds d'investissement Market Equities… Tous incarnent cette prédation capitaliste qui veut bétonner la nature sauvage pour y bâtir des aéroports, des stations de ski pour touristes ou exploiter les sols pour l'industrie minière. De plus, la violence, chez les Dutton, n'est jamais présentée comme un idéal mais apparaît comme un dernier recours, parfois tragique, au service de la protection d'une communauté contre l'expansionnisme de la finance globale. On peut partager ou non cette vision, mais elle repose sur une véritable philosophie : une vision conservatrice classique, presque mythologique, celle de l'enracinement et de la transmission aux générations futures.

À l'exact opposé, Citizen Vigilante démontre le nihilisme de la droite actuelle (ou du moins de sa frange libertarienne et identitaire). Son personnage principal ne défend ni une communauté, ni un territoire, ni un héritage mais n'est guidé uniquement par la pulsion de mort et le ressentiment qui l'amène à l'exécution de boucs émissaires qui sont ici incarnés par les migrants. La violence n'y est plus un moyen exceptionnel, elle devient une fin en soi. À l'inverse, Yellowstone met en scène une volonté de réconciliation avec les Amérindiens. Longtemps dépeints comme des « sauvages » par le récit de la conquête de l'Ouest, ils y sont présentés comme des partenaires, parfois des adversaires, mais toujours comme un peuple digne de respect. Les Dutton reconnaissent leur histoire, leur lien ancestral avec ces terres et la légitimité de certaines de leurs revendications.

C'est sans doute là que réside le véritable intérêt de ce film : moins dans ce qu'il raconte que dans la manière dont il est célébré. En faisant de Citizen Vigilante un symbole de la lutte contre le « politiquement correct », une partie de la sphère « anti-woke » révèle le vide existentiel de son propre imaginaire. Il ne s'agit plus de défendre un projet de société, mais de "troller" à grande échelle et de provoquer le camp d'en face, quitte à faire de la provocation au mépris de toute valeur morale.

Alors que Yellowstone nous invite à regarder le monde avec une certaine mélancolie du monde d'avant, Citizen Vigilante ne propose qu'une esthétique de la violence nihiliste. Alors qu'une partie de la droite radicale désigne les « lascars de banlieue » comme l'ennemi par excellence, elle en célèbre ici les mêmes ressorts : culte de la domination, fascination pour la violence et mépris des règles communes. C'est le mécanisme classique de la rivalité mimétique, théorisé par René Girard : à force de haïr son adversaire, on finit par lui ressembler.

Le succès médiatique de cette soi-disant œuvre en dit probablement plus sur une partie de la droite actuelle que sur le cinéma lui-même. Une droite qui, en voulant supplanter la gauche dans son hégémonie, semble avoir abandonné l'idée même de construire quelque chose en adoptant les mêmes codes de conflictualité permanente, tombant dans le nihilisme le plus absolu. Tandis que le conservatisme classique cherchait à préserver un héritage et des traditions, cette droite néo-réactionnaire paraît souvent se satisfaire du chaos, pourvu qu'il fasse du bruit et génère quelques millions de vues et de likes.

 

Nicolas Maxime


[1] Uwe Boll (réal.), Citizen Vigilante, film, États-Unis/Allemagne/Croatie, Event Film Distribution, 2026, 1 h 29 min, avec Armie Hammer et Costas Mandylor.

[2] Taylor Sheridan (créateur), Yellowstone, série télévisée, États-Unis, Paramount Network, 2018-2024.

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