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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand la spiritualité devient l’instrument du néolibéralisme

Les rayons des librairies, les médias, les plateformes et les réseaux sociaux n’ont jamais été autant remplis de promesses de développement personnel. Bien-être, pleine conscience, coaching de vie sont les nouveaux mots à la mode.

La recherche spirituelle, autrefois liée à des réflexions sur la condition humaine et à une appartenance religieuse, est de plus en plus réduite à une simple amélioration de soi. L'objectif n'est plus de comprendre le monde ou de donner un sens à son existence, mais d'y fonctionner plus efficacement. Ainsi, chaque pratique devient un outil permettant d'augmenter son capital individuel : la méditation, le yoga ou le coaching visent à améliorer ses performances dans tous les domaines de l’existence. Chacun est invité à devenir le gestionnaire de son propre équilibre psychique comme un entrepreneur dirige son entreprise.

Ainsi, le film Gourou de Yann Gozlan en propose une illustration particulièrement sombre à travers le personnage incarné par Pierre Niney[1]. Bien que le long métrage explore la fragilité mentale du personnage principal qui va se perdre jusqu’aux recoins les plus extrêmes de la folie, il démontre que ces entrepreneurs de la spiritualité empruntent autant au langage de la spiritualité qu’à celui des start-ups. À mi-chemin entre le coach, l'influenceur et le chef d'entreprise, il manipule les foules dans de grandes conférences où il se sert de la quête de sens de ses fidèles pour la transformer en un produit de consommation.

Le succès de ces nouveaux gourous s'explique aussi par le vide laissé par l'affaiblissement des cadres collectifs traditionnels. Quand les syndicats, les partis, les associations ou les religions perdent de leur influence, la promesse d'une solution individuelle aux difficultés de l'existence devient particulièrement séduisante.

Surtout, la grande mutation idéologique opérée en est un déplacement de la notion même d’émancipation, où chacun est invité à trouver en lui-même des solutions à des problèmes dont les causes sont sociales, économiques ou politiques. On le voit avec la popularité de concepts comme la « loi de l'attraction » où, selon cette théorie, chacun attirerait dans sa vie les événements correspondant à ses pensées ou à son état intérieur. Le succès serait la conséquence d'un bon alignement mental alors que l'échec révélerait au contraire de blocages psychologiques.

Une telle conception conduit à une forme de culpabilisation permanente, quand bien même vous soyez épuisé par votre travail, que vous peiniez à payer votre loyer ou que vous subissiez la précarité. Les rapports de domination liés au capitalisme ou les choix économiques des gouvernements passent ainsi au second plan. La responsabilité est renvoyée à l'individu, supposé ne pas avoir suffisamment cru en lui-même, travaillé sur son état d'esprit ou cultivé les « bonnes intentions », selon la pensée positive, devenue la nouvelle morale bourgeoise de notre époque post-moderne.

Cela constitue l'une des grandes victoires culturelles du néolibéralisme : faire passer des problèmes collectifs pour des défaillances personnelles qui contribue à neutraliser toute contestation en renvoyant chacun à une responsabilité purement liée à l’individu.

Mais on retrouve cette logique également dans certains courants religieux pentecôtistes ou charismatiques influencés par la théologie de la prospérité. Ici, le pasteur-PDG réalise des prédications mêlant discours religieux et logique entrepreneuriale. Dans cette vision du monde adaptée au capitalisme néolibéral, la réussite matérielle devient la preuve que vous avez reçu les faveurs de Dieu. C’est assez simple à comprendre : plus vous témoignez de votre foi, plus vous êtes censé être béni, plus vous pouvez vous enrichir. Alors que dans l’autre sens, la pauvreté révélerait une faiblesse spirituelle ou morale.

C’est ainsi que l’on pourrait parler de ce phénomène comme d’un néolibéralisme spirituel, agissant comme un lubrifiant psychologique du capitalisme. Car en manipulant la question du sens pour en faire un problème strictement individuel de bien-être, il contribue à dissimuler le nihilisme contemporain et l’effondrement intérieur de l’Occident.

La recherche du bien-être et de spiritualité n'a évidemment rien de condamnable mais lorsqu'elle devient un substitut à l'action collective et un instrument du néolibéralisme, elle cesse d'être une voie d'émancipation pour devenir un mécanisme d'acceptation de l’ordre social.

 

Nicolas Maxime


[1] Yann Gozlan (réal.), Gourou, avec Pierre Niney, Marion Barbeau et Anthony Bajon, France, Ninety Films / WY Productions / Studio Canal, 2026.

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