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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

L'assimilation mais à quoi ?

Il est aisé de déclarer que les étrangers — et accessoirement les Français d'origine étrangère — bercent dans le communautarisme et n'en ont rien à faire de la France. La critique qu'on entend souvent c'est qu'ils ne seraient pas assez « assimilés ». Déjà, il faudrait savoir de quoi on parle lorsqu'on parle d'assimilation. S’agit-il d’une assimilation culturelle, sociale, institutionnelle, ou encore symbolique ?

Si l'on comprend l'assimilation comme l'adoption du modèle des familles nucléaires, ce que les travaux d'Emmanuel Todd dans « Le Destin des immigrés » démontrent, alors dans ce cas, les descendants d'immigrés sont largement assimilés[1].

Si l'on définit l'assimilation comme l’adhésion à un modèle culturel homogène sur le plan national, alors il est difficile de savoir quelles sont encore les personnes assimilées à ce modèle. Les Français, dans leur grande majorité, regardent des séries américaines sur Netflix, mangent indien et chinois, dansent la country, ont pour plat préféré le couscous, et appellent leurs enfants Jordan ou Bryan. Dans ce cas, comment demander à des étrangers de s'assimiler à un modèle qui ne sert plus de référence commune à tous ?

D'autres vont évoquer le problème des valeurs. Selon eux, la plupart des étrangers et des descendants d'étrangers, non seulement n'adhèrent pas aux valeurs républicaines mais non seulement, ne les respectent pas. De quelles valeurs parle-t-on, et qui les incarne réellement aujourd'hui ? Ainsi, certains vont déclarer qu'une femme portant le voile ne respecte pas les valeurs de la République parce qu'elle s'affiche en tant que musulmane. Mais qui dit que cette femme n'est pas républicaine ? La République garantit la liberté de conscience et de culte. Qui peut affirmer qu'en choisissant de porter un signe religieux dans l'espace public, cette femme refuse de payer ses impôts, de respecter les lois ou de participer à la vie de la cité ? En réalité, on confond volontairement la neutralité de l'État avec l'uniformisation des individus, transformant la laïcité en un outil d'exclusion.

La seule véritable question qu'on doit se poser quand on parle d'assimilation, c'est : s'assimiler à quoi ?

Dans un monde complètement atomisé, chacun possède sa propre identité individualisée. Je me définis par mon origine ethnique, par mon appartenance religieuse, par mon orientation sexuelle, par mon genre, par mes goûts culturels, par mes pratiques de consommation ou encore par les communautés auxquelles j'appartiens sur les réseaux sociaux. À mesure que les croyances communes — christianisme, communisme — ont quasiment disparu et que les médiations collectives — école, travail, syndicats, partis politiques, services publics, nation — perdent de leur capacité à produire du commun, les individus ont tendance à se replier sur eux-mêmes. La mondialisation économique et culturelle a accéléré ce phénomène en transformant chacun de nous en consommateurs qui se définissent uniquement par leurs appartenances identitaires multiples et fragmentées.

Dans ces conditions, les débats sur l'assimilation prennent souvent une forme absurde. Vouloir imposer une identité passée et fantasmée à ceux qui arrivent est un non-sens, alors même que la culture de ceux qui y vivent est déjà totalement mondialisée. Ce qui devrait être demandé à chacun, qu'il soit né ici ou ailleurs, ce n'est pas d'imiter un mode de vie idéalisé, mais d'appartenir à une même communauté de destin. Cela suppose déjà de reconstruire une véritable identité nationale commune en prenant en compte les transformations socio-économiques et culturelles qu'a connues le pays depuis plusieurs décennies.

Car cela démontre que le problème ne vient pas d’un déficit d’assimilation des étrangers et de leurs descendants, mais d’une société qui ne parvient plus à faire commun.

Aujourd'hui, le véritable défi est d'unir deux France que tout sépare mais qui partagent le même sol :

- La France périphérique, composée en grande partie d'autochtones.

- La France des banlieues, issue de l'immigration (notamment maghrébine et africaine).

La laïcité ne doit pas devenir un instrument d'exclusion mais rester le cadre qui permet à des personnes de convictions différentes de coexister sous les mêmes lois.

Plutôt que de fantasmer des tribunaux populaires ou de rejouer les guerres de religion en assimilant chaque musulman de France à un taliban, nous devrions nous demander comment rebâtir des institutions (école, services publics, travail) capables de recréer cette communauté de destin.

Pour sortir de cette impasse par le haut, il faut précisément revenir à l'analyse d'Emmanuel Todd : les difficultés actuelles proviennent avant tout de l'affaiblissement de l'État-Nation face à la mondialisation néolibérale. La solution est un souverainisme inclusif qui n'est pas ethnique ou exclusif : il définit la nation par son avenir, ses lois et sa souveraineté partagée[2]. Il offre une place pleine et entière à la France des banlieues comme à la France périphérique, en les unissant non pas autour d'une uniformisation des goûts ou des mœurs, mais autour d'un destin social et politique commun.

Bâtissons d'abord un projet de souveraineté, et la nation s'en portera d'autant mieux. L'assimilation par le vide culturel ayant échoué, seule la reconstruction d'un grand projet social et d'une souveraineté partagée pourra nous sortir de l'impasse identitaire.

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, Le Destin des immigrés. Assimilation et ségrégation dans les démocraties occidentales, Éditions du Seuil, 1994.

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