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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La grande offensive contre notre modèle social

Voilà le fameux graphique de la Direction générale du Trésor, issu du Projet de loi de finances 2025 qui détaille l'origine des recettes publiques totales (1 504 milliards d'euros) et la répartition des dépenses publiques (1 673 milliards d'euros) prévues/estimées pour l'année 2024, en mettant en évidence le déficit public (169 milliards d'euros, soit 5,8 % du PIB)[1]. Depuis quelques temps, les macronistes et autres droitards ne cessent de le partager pour montrer au combien notre pays est généreux et dépense déjà assez (trop ?) pour être finalement surendetté. La faillite assurée nous disent-ils. Mais que raconte ce graphique en réalité ?

Direction générale du Trésor, Projet de loi de finances pour 2025, données 2024.

1) Déjà les dépenses de retraite et de santé ne sont pas des dépenses publiques à proprement dit car elles proviennent de cotisations sociales, soit d'un salaire socialisé qui permet à chacun ayant cotisé d'obtenir une prestation. Les cotisations sociales sont certes considérées comme des prélèvements obligatoires. Cela s'applique également dans certains pays où ces cotisations sont perçues par des assureurs privés. C'est notamment le cas en Suisse, où l'assurance maladie de base est obligatoire bien qu'elle soit gérée par des compagnies privées. Les primes d'assurance maladie augmentent régulièrement, tandis que le reste à charge des assurés tend à s'accroître, alimentant le sentiment d'une diminution de la couverture santé. Que c'est mieux le système des assurances privées ! Quand on regarde le graphique, on constate d'ailleurs que la Protection sociale représente 947 milliards d'euros à elle seule (dont 433 milliards d'euros pour la Vieillesse et 338 milliards d'euros pour la Santé, maladie, invalidité), soit plus de 56 % de l'ensemble des dépenses (1 673 milliards)[2]. À côté de cela, les dépenses de fonctionnement et de souveraineté de l'État central qui restent très mesurées en volume par rapport à la Protection sociale.

2) On se moque complètement du niveau des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires du moment que les besoins de la population sont satisfaits. Il y a probablement des économies à rechercher — chaque euro de dépense publique n'étant pas parfaitement dépensé — mais on remarquera que cela ne concerne absolument pas les premiers postes de dépense. Ces dépenses de santé, de retraite ou même d'éducation existeraient de toute manière qu'elles soient dites publiques ou privées. La question n'est donc pas d'éliminer ces coûts, mais de savoir s'ils doivent être mutualisés solidairement via des cotisations et l'impôt, ou payés individuellement plein pot au marché.

3) La différence entre les recettes et les dépenses n'a strictement à voir avec le poids des dépenses parce que la dette publique est largement plus élevée au Japon et aux États-Unis avec des prélèvements obligatoires moins élevés. En fait, sous couvert de rigueur budgétaire, la véritable volonté des partisans du tout néolibéral et de la droite dure est de se débarrasser de la Sécurité sociale et des retraites afin d'offrir un marché juteux de près de 800 à 900 milliards d'euros par an aux assurances privées et fonds de pension. Drôle de patriotisme qui consiste, en somme, à transformer les salariés de son propre pays en esclaves de la finance et des multinationales, le plus souvent étrangères.

C'est très exactement la logique poussée par le FMI et les experts de la commission sur la transparence des finances publiques. Pour réduire les coûts à tout prix, ces derniers préconisent notamment de geler l'indexation des aides sociales sur l'inflation : la fameuse « année blanche » régulièrement débattue lors des votes concernant les budgets annuels. Le FMI, quant à lui, recommande de diminuer les pensions de retraites et les indemnités de l'assurance-chômage, tout en substituant aux prestations santé des aides restreintes aux ménages les plus défavorisés.

En somme, il s'agit d'en finir avec la Sécurité sociale née en 1945 grâce au Conseil national de la Résistance. Il n'y a pas de faillite de l'État, mais une grande offensive montée de toutes pièces par qui veulent liquider notre modèle social au profit de leurs nouveaux maîtres que sont les marchés financiers.

 

Nicolas Maxime


[1] Direction générale du Trésor, Projet de loi de finances pour 2025, données 2024.

[2] Ibidem

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