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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Église catholique et Parti communiste : de la crise existentielle au nihilisme

Autrefois, deux institutions majeures structuraient et rythmaient la vie de nos concitoyens : l'Église catholique et le Parti communiste. En somme, les uns comptaient parmi les catholiques classés plus à droite et les autres parmi les communistes évidemment à gauche, même si la ligne de démarcation n'était pas toujours évidente — certains ouvriers votaient déjà à droite et des prêtres ouvriers choisissaient de s'engager au PCF ou à gauche.

Concernant le catholicisme, il ne s'agissait pas seulement d'un dogme ou d'une foi, mais aussi d'un engagement au service des œuvres, ce qu'on appelait le catholicisme social : le Secours catholique, le CCFD, la JOC, sans compter les initiatives solidaires de Joseph Wresinski et de l'Abbé Pierre (quoi qu'on pense de ce dernier à la lumière des dernières révélations...). Mais c'était aussi une présence ancrée dans le quotidien, comme le curé du village qui incarnait cette figure centrale de la vie locale, tissant un véritable lien notamment dans la ruralité.

Et le Parti communiste, avec ses centaines de milliers de membres, fut aussi un repère structurel déjà pour les travailleurs grâce à son réseau associatif, ses syndicats, ses patronages et ses MJC, ses journaux locaux comme ses fêtes populaires, mais aussi pour des jeunes, leurs familles et la vie de nos quartiers. Il offrait un cadre de solidarité et apportait de la fierté à une catégorie sociale, en l'occurrence la classe ouvrière.

La disparition de l'Église catholique et du Parti communiste — quoi qu'on pense de ces croyances et des dérives qui ont pu les marquer — en tant que repères fondateurs a eu des résultats catastrophiques sur la cohésion de notre communauté nationale. Emmanuel Todd a démontré que l'effondrement simultané de la foi chrétienne et de la croyance de substitution qu'était le communisme a laissé un vide dans nos existences[1]. À la place, cela a ouvert la voie à une culture du narcissisme, analysée par Christopher Lasch[2], où le néolibéralisme a eu des effets dévastateurs en provoquant l'affaiblissement des valeurs morales et des croyances collectives. La dignité, la fraternité et la justice sociale ont laissé place à la compétitivité, à l'égocentrisme et au chacun-pour-soi. Bien qu'à gauche, on pense davantage en termes de crise sociale même si évidemment le vide culturel pèse tout autant, ou qu'à droite, on croit que l'immigration est le facteur déterminant bien que le déracinement intérieur touche l'ensemble des citoyens, on assiste à une crise existentielle. Dépourvue de grand récit collectif, notre société ne fabrique plus que du désarroi.

C'est ce à quoi on assiste également avec ces manifestations de jeunes en quête d'un sens à donner à leur existence face à un avenir qui s'annonce sous un jour bien morose. Une forme de désespoir alimenté par un discours ambiant où l'on évoque la dette qu'on va laisser aux générations futures, l'IA qui va remplacer les métiers de demain, et le changement climatique qui va entraîner la fin de l'humanité.

Ainsi, les jeunes d'autrefois pouvaient entrevoir une espérance dans un avenir meilleur par la foi céleste ou la société sans classes. Évidemment, il ne s'agit pas de dire que c'était mieux avant car ces dogmes enfermaient les esprits et muselaient la liberté, mais force est de constater qu'ils percevaient au moins un horizon qui fait cruellement défaut aujourd'hui.

Pour autant, toute forme de solidarité ou d'engagement n'a pas totalement disparu. Les associations, les collectifs citoyens et de nouvelles formes de mobilisation continuent de produire du lien et du sens. Mais ces engagements sont souvent plus fragmentés et ne sont pas liés à une institution centrale, capable de structurer durablement la vie de nos concitoyens.

L'Église catholique et le Parti communiste, en tant que repères fondateurs, ont ainsi perdu une grande partie de leur capacité à structurer la vie collective, sans que de nouvelles institutions parviennent pleinement à remplir les mêmes fonctions. Dans une société devenue individualiste et confrontée à de multiples crises, l'effondrement de ces repères a cédé ainsi le pas à une crise existentielle, ouvrant la voie à un nihilisme qui accélère la chute inévitable de l'Occident.

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024.

[2] Christopher Lasch, La Culture du narcissisme. La vie américaine à un âge de déclin des espérances (The Culture of Narcissism: American Life in an Age of Diminishing Expectations), W. W. Norton, 1979.

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