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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La fabrique d’ennemis extérieurs

Pour détourner le regard de la crise démocratique et sociale et des véritables problèmes de l'intérieur, il n'y a rien de mieux que de trouver un bouc émissaire extérieur capable de fédérer les angoisses et de masquer l'impuissance politique. Comme l'a démontré René Girard, c'est la théorie du bouc émissaire qui permet de restaurer l'unité du groupe en canalisant la violence collective vers une cible unique[1]. Le nouvel ennemi ultime désigné est, sans surprise, la Russie.

​À chaque souci, on nous répète « Célérusses » dans une forme de propagande médiatique grossière, parfois ridicule tellement la ficelle est grosse. De François Ruffin à Sarah Knafo en passant par Raphaël Glucksmann, quasiment tout le spectre politique de gauche à droite (mis à part LFI et le RN) s'entend pour refiler du pognon à l'Ukraine et s'engager aveuglément dans cette croisade néoconservatrice menée contre la Russie.

​D'ailleurs, notons l'incohérence totale de Mme Knafo, si prompte à ôter des milliards pour la protection sociale et les services publics, mais totalement alignée sur la ligne de soutien inconditionnel à l'Ukraine et de dépenses militaires illimitées.

​Le pire dans tout ça ? Emmanuel Macron s'empresse d'acquiescer quand Volodymyr Zelensky réclame 70 milliards d'euros à l'UE[2], annonçant une participation française à cette nouvelle aide financière de plusieurs milliards, tout ça pour continuer une guerre déjà perdue contre la Russie.

​Comme le démontre Emmanuel Todd lors d'une interview donnée au Figaro, les dirigeants européens évoluent dans une forme de fantasmocratie, soulignant que « l'invasion de l'Europe par la Russie est un fantasme de paranoïaque »[3].​ Répétons-le à foison s'il le faut, la Russie n'attaquera jamais l'Europe : elle n'a ni les moyens matériels, financiers et humains d'une telle ambition, ni aucun intérêt à déclencher un affrontement direct. Tout cela relève de la fabrique de peurs agitée par des esprits malades.

​La même mécanique est à l'œuvre avec l'Iran, également désigné comme ennemi extérieur parfait pour satisfaire les obsessions des néoconservateurs. L'Iran ne représente aucune menace civilisationnelle, son régime n'ayant rien à voir avec les attentats islamistes qui ont frappé notre sol.

​Bien entendu, il ne s'agit pas de basculer dans une autre sujétion vis-à-vis de Vladimir Poutine et du régime des mollahs, mais d'arrêter de s'enfermer dans cette diplomatie du pire.

​Signe de l'effondrement intérieur de l'Occident, il ne reste plus que la guerre — ou en tout cas, sans entrer directement en conflit, la fabrique d'un ennemi extérieur, à savoir la Russie et l'Iran, dans une surenchère belliciste permanente pour maintenir l'illusion d'une puissance sous perfusion.

 

Nicolas Maxime


[1] René Girard, Le bouc émissaire, Grasset, 1982.

[2] TF1 Info, Guerre en Ukraine : Volodymyr Zelensky réclame à l’UE 70 milliards d’euros en plus en 2027, 16 octobre 2026.

[3] Emmanuel Todd, entretien dans Le Figaro, Le Club Le Figaro Idées, présenté par Eugénie Bastié, 24 septembre 2026.

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