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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Les fausses affirmations de Sarah Knafo

Suite à l’édition de son livre Le Casse du siècle, qui se veut une enquête sur le coût et l'efficacité de notre modèle social mais qui regorge en réalité de biais méthodologiques, d’amalgames grossiers et d’erreurs de calcul, Sarah Knafo est depuis lors invitée dans tous les médias mainstream, de RTL à Sud Radio en passant, évidemment, par CNews. Il s’agit ici de débunker chacune de ses fausses affirmations pour rétablir les faits face à ce qui relève d’une présentation particulièrement trompeuse des données économiques.

Sur la santé et les « pertes » de cotisations (439 € à 135 €)

Dans un premier temps, il est nécessaire de comprendre que les frais de gestion de l'Urssaf et de la Cnam ne constituent pas des frais injustifiés mais financent le fonctionnement de la Sécurité sociale (systèmes d'information, gestion des droits, paie des agents, lutte contre la fraude). Il est d'ailleurs assez paradoxal que Mme Knafo n’adresse pas la même critique aux mutuelles complémentaires dont les coûts en frais de gestion sont largement supérieurs à ceux de la Sécurité sociale. Ensuite, concernant le personnel administratif des hôpitaux (AP-HP ou autres), il ne s'agit pas de « pertes » sur la cotisation. La gestion administrative, la logistique, la régulation des soins et la maintenance des infrastructures sont indispensables à la dispensation des soins eux-mêmes. De même, une partie des tâches administratives (dossier patient, traçabilité, organisation des services) sont directement liées au suivi médical des patients.

S'il faut admettre et dénoncer la bureaucratisation croissante de l'hôpital public, Sarah Knafo se trompe lourdement sur ses causes. En effet, c'est la mise en œuvre de la tarification à l'activité (T2A) qui a imposé une hyper-bureaucratie du codage des actes[1]. Résultat des courses : la surcharge administrative des médecins et infirmiers est bien une réalité dramatique, mais elle est le produit direct des réformes managériales d'inspiration néolibérale qui exigent une traçabilité permanente à des fins de tarification, et non d'une prétendue générosité du système de protection sociale.

Sur les retraites et la comparaison avec la capitalisation

​L'Allocation de solidarité aux personnes âgées (ASPA) est soumise à des conditions strictes de résidence (au moins 9 mois par an en France), de ressources, d'âge (65 ans) et, pour les ressortissants étrangers hors Union européenne, de la détention d'un titre de séjour autorisant à travailler depuis au moins dix ans[2]. Un étranger arrivé « la veille » ne perçoit pas l'ASPA de façon automatique sans remplir ces critères de résidence préalable et de régularité du séjour.

Le système de retraite par répartition n’appauvrit personne, c’est même tout le contraire. La répartition garantit une pension définie et mutualisée, qui constitue le salaire continué après la cessation d’activité : les actifs cotisent pour financer les pensions des retraités. À l’inverse, dans la capitalisation, chacun cotise individuellement pour sa propre retraite et la pension reflète directement ce qu’il a mis de côté : plus la rémunération est élevée, plus l’épargne accumulée et donc la pension peuvent être importantes. De plus, la capitalisation est soumise aux aléas des marchés financiers. En cas de crise majeure, il n’est pas exclu de perdre une partie, voire la totalité, de son épargne.

Sur la démonstration du « salarié millionnaire »

Enfin sur la démonstration financière de Sarah Knafo — tellement déconnectée des réalités économiques qu'elle en devient absurde — affirmant qu'un salarié à 2 000 € net par mois deviendrait « millionnaire » (1,5 million d'euros) en plaçant son fameux « magot »[3], il y a plusieurs inexactitudes, biais de calcul et omissions majeures :

Sarah Knafo s'appuie sur les résultats du CAC 40 pour appliquer un taux de rendement moyen de 5 %, laissant entendre qu'il suffirait d'aligner la retraite sur cette moyenne[4]. C'est une erreur fondamentale sur le fonctionnement de la capitalisation. Ce rendement boursier passé reflète une période spécifique et dépend complètement des marchés financiers, eux-mêmes adossés à la croissance économique. Dans un contexte de ralentissement économique, de transitions écologiques et de démographie vieillissante, projeter un rendement de 5 % par an sur 40 ans est une pure fiction : si la croissance faiblit, le taux de rendement réel s'effondre ou devient négatif, ce qui détruit le capital accumulé.

​Même en admettant un portefeuille théorique atteignant 1,5 million d'euros dans 35 ou 40 ans, un million d'euros dans 40 ans n'aura absolument pas le même pouvoir d'achat qu'un million d'euros aujourd'hui. Avec une inflation moyenne de 2 % par an, la valeur réelle de ce capital est divisée par plus de deux. ​Sarah Knafo oppose un capital théorique (1,5 M€), un stock, à une pension mensuelle de retraite (1 500 €/mois), un flux. Un retraité ne consomme pas l'intégralité de son capital d'un coup. S'il doit transformer ce capital en rente viagère pour garantir un revenu jusqu'à sa mort (comme le fait le système par répartition), à un taux de conversion standard d'environ 3 % à 4 % à 65 ans, un capital de 1,5 million d'euros générerait une rente brute d'environ 3 750 € à 5 000 € par mois... mais en monnaie future dévaluée par l'inflation. Surtout, si les marchés s'effondrent l'année de son départ à la retraite, son capital et sa rente chutent d'autant. Présenter ce capital futur comme l'équivalent d'un « millionnaire » en euros actuels est donc une présentation économiquement trompeuse, car elle ne tient pas compte de l'inflation et confond un stock de patrimoine avec un revenu de retraite.

Enfin, pour qu'un salarié puisse aujourd'hui placer ses cotisations sur les marchés financiers au lieu de les verser aux caisses de retraite, les 17 millions de retraités actuels ne recevraient plus leurs pensions (qui sont payées directement par les cotisations des actifs du mois en cours). Passer à un système par capitalisation oblige soit à doublement imposer une génération (qui doit financer les retraités actuels tout en capitalisant pour elle-même), soit à faire fi des engagements pris envers les retraités actuels.

En réalité, le véritable « casse du siècle » n'est pas notre système de protection sociale, mais le travail de démolition idéologique mené à grands renforts de chiffres erronés et de rhétorique populiste. Sarah Knafo imagine un gisement d'argent magique qui n'existe pas dans le réel. Ses fausses affirmations ne sont qu'une énième justification à la privatisation de la Sécurité sociale et à la capitalisation des retraites, au seul bénéfice des nouveaux seigneurs que sont les multinationales et les marchés financiers.

 

Nicolas Maxime


[1] Loi n° 2003-1199 du 18 décembre 2003 de financement de la sécurité sociale pour 2004.

[2] Code de la sécurité sociale, art. L. 815-1 (conditions de résidence et d'âge), L. 815-9 (conditions de ressources) et L. 816-1 (conditions applicables aux ressortissants étrangers). Voir également l'art. 18 de la loi n° 2023-270 du 14 avril 2023 de financement rectificative de la sécurité sociale pour 2023, qui a porté à neuf mois par année civile la durée minimale de résidence.

[3] Sarah Knafo, invitée de Christine Kelly, Face à l’info, CNews, 1er septembre 2026, intervention consacrée à la retraite par capitalisation et à la possibilité pour un salarié percevant 2 000 euros nets par mois de constituer un capital de 1,5 million d’euros.

[4] Sarah Knafo, intervention dans l'émission Les 4 Vérités, France 2, septembre 2026. Elle y affirme que le CAC 40 aurait rapporté plus de 5 % par an au-dessus de l'inflation et défend la retraite par capitalisation. Voir également son intervention sur LCI, où elle évoque un rendement de 5,7 %.

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