Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Quelques leçons à retenir pour la gauche à la lumière des élections en Suède et en Italie :
– La « véritable » gauche a quasiment été effacée du corps électoral en Suède comme en Italie[1]. En France, la gauche radicale doit en grande partie son score à Jean-Luc Mélenchon, quelles que soient les appréciations portées sur le dirigeant de La France insoumise. La gauche doit trouver un successeur capable de prendre le relai. Il y aura sûrement une grande différence si dans un cas, c'est François Ruffin ou dans l'autre, Clémentine Autain, outre l'orientation programmatique, qui se présenterait à l'élection présidentielle. Il n’est pas interdit de penser que, en cas de division et de choix de candidature peu lisible, la gauche pourrait enregistrer un score comparable à ceux observés en Suède ou en Italie.
– La diabolisation des partis de droite populiste ou d’extrême droite constitue partout un échec. Plutôt que de qualifier Giorgia Meloni de fasciste ou de post-fasciste, il serait plus pertinent de mettre en évidence son libéralisme économique assumé, qui risque de dégrader encore davantage la situation des populations italiennes les plus précaires. Sur le plan économique, Meloni apparaît plus proche de Margaret Thatcher que de Benito Mussolini. Elle s’inscrit avant tout dans une ligne néolibérale, réactionnaire et conservatrice. Une analyse similaire devrait prévaloir en France à propos du Rassemblement National et de Reconquête. Plus ces formations sont diabolisées, plus elles se positionnent en victimes et plus elles attirent des électeurs qui les perçoivent comme des partis antisystèmes.
– Les électeurs, en particulier issus des classes populaires, expriment des demandes fortes de protection et de souveraineté. Ces attentes trouvent aujourd’hui davantage d’écho dans les programmes des droites populistes, alors même que la gauche peine à y répondre. Cette situation est d’autant plus paradoxale que ces partis de droite populiste, s’ils promettent protection et souveraineté dans le discours, respectent dans les faits les traités européens et les engagements pris au sein de l’Union européenne. La question européenne est centrale : les partis de gouvernement défendent une europhilie assumée, tandis qu’une partie de la gauche radicale continue de penser qu’il est possible de modifier les traités et d’imposer une Europe sociale. Tant que la gauche ne proposera pas clairement de remettre en question la monnaie unique, le marché unique et le fonctionnement démocratique des institutions européennes, elle aura peu de chances de reconquérir l’électorat populaire.
– Enfin, un rejet massif de la gauche s’exprime du fait de sa perception comme une gauche prioritairement tournée vers la défense des minorités et des immigrés. De nombreux électeurs ne se définissent pas comme racistes, mais expriment un sentiment de déclassement et une inquiétude identitaire. La gauche s’expose à un rejet durable si elle continue à se focaliser sur les théories de l’intersectionnalité ou sur des positions de type « no border ». Cela n’implique ni l’adoption des thèses de la droite populiste, ni l’abandon de la lutte contre les discriminations, ni la remise en cause de l’accueil des réfugiés, mais pose la question de l’équilibre des priorités politiques et du discours adressé aux classes populaires.
Nicolas Maxime
[1] Élections en Suède (11 septembre 2022) : les partis traditionnellement classés à gauche (sociaux‑démocrates et alliés) ont enregistré des reculs. Voir Social Democrats lose seats amid right‑wing gains — BBC (12 septembre 2022) ; Élections en Italie (25 septembre 2022) : coalition de droite largement victorieuse, avec le parti Fratelli d’Italia en tête (Italy election results 2022 — Reuters).