Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les résultats du premier tour de l’élection présidentielle au Brésil n’ont rien d’étonnant. Beaucoup s’attendaient à une large victoire de Luiz Inácio Lula da Silva face à Jair Bolsonaro, mais les urnes ont, une nouvelle fois, démenti les sondages[1].
Les causes de ce résultat sont désormais bien identifiées et rejoignent celles observées aux États-Unis comme en Europe : une gauche sociale-démocrate qui, une fois au pouvoir, a souvent mené des politiques néolibérales proches de celles de la droite, suscitant la défiance d’une partie croissante de l’électorat ; une abstention élevée et une dépolitisation durable ; la montée des revendications identitaires, du communautarisme et des tensions raciales ; l’influence croissante des Églises évangéliques, qui pèse fortement sur le paysage politique brésilien ; une fracture territoriale marquée entre le Nord plus pauvre, les grands centres urbains votant majoritairement à gauche, et le Sud plus riche ainsi que les zones rurales, davantage acquis à la droite ; une insécurité persistante et une criminalité endémique, avec des gangs organisés contrôlant certaines favelas ; une écologie politique qui peine à convaincre les classes populaires de son importance immédiate ; enfin, une pauvreté structurelle et des inégalités sociales très élevées qui nourrissent le ressentiment et la défiance envers les élites politiques.
À ces facteurs s’ajoute un climat de polarisation extrême, entretenu par les réseaux sociaux et par des discours politiques toujours plus radicaux. Peu à peu, chaque élection tend à devenir un affrontement identitaire où l’appartenance à un camp prend souvent le dessus sur le débat de fond concernant les choix économiques et sociaux. Ce phénomène ne concerne d’ailleurs pas uniquement le Brésil mais traverse aujourd’hui l’ensemble des démocraties.
Nicolas Maxime
[1] Les résultats officiels du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne du 2 octobre 2022 montrent que Lula da Silva a obtenu environ 48,4 % des voix contre 43,2 % pour Jair Bolsonaro, un écart beaucoup plus serré que ce que les sondages de septembre 2022 laissaient espérer, certains donnant à Lula une avance d’environ 14 points.