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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Italie : la victoire du néolibéralisme autoritaire

Victoire de Giorgia Meloni et de la coalition droite–extrême droite en Italie, avec Matteo Salvini et Silvio Berlusconi. La différence avec Mario Draghi ou Matteo Renzi ? Aucune sur le plan économique et social, sans compter qu’il n’y a aucune remise en cause des traités européens. Il s’agit avant tout de la victoire des néolibéraux autoritaires sur les néolibéraux libertaires. Rien de plus.

Sur le plan économique, la nouvelle coalition s’inscrit dans une stricte continuité : respect des règles budgétaires européennes, maintien des réformes structurelles engagées ces dernières années, priorité donnée à la compétitivité, à la réduction des dépenses publiques et à la discipline budgétaire. Les alternances politiques successives en Italie n’ont ainsi pas modifié les grandes orientations économiques, quelles que soient les différences de ton ou de discours sur les sujets identitaires.

Giorgia Meloni ne souhaite toutefois pas seulement s’en prendre aux immigrés ; elle entend surtout s’attaquer aux pauvres. Elle a en effet annoncé vouloir supprimer le revenu de citoyenneté, principale mesure sociale mise en place ces dernières années en Italie.

Sorte de RSA italien, le revenu de citoyenneté, estimé à environ 480 euros pour une personne seule, est une aide sociale destinée aux ménages les plus précaires, assortie d’une incitation au retour à l’emploi, à l’image du RSA en France. Aujourd’hui, ce dispositif concerne environ 1,6 million de ménages en situation d’extrême précarité. Il s’agissait de la mesure phare du Mouvement 5 étoiles, dont la mise en œuvre s’est révélée moins ambitieuse que le projet initial — davantage proche d’un revenu de base tel que proposé par Benoît Hamon — pour un coût annuel estimé à 8 milliards d’euros[1].

Ce dispositif n’a jamais constitué une solution structurelle à la pauvreté et peut être considéré, au mieux, comme un palliatif. Il permet néanmoins aux ménages les plus fragiles de subsister dans l’attente d’un emploi stable. « C’est de la méthadone d’État », a déclaré Giorgia Meloni[2]. La réponse politique proposée consiste précisément à supprimer ce revenu, plutôt qu’à investir massivement dans les services publics, la transition écologique ou à instaurer une garantie d’emploi permettant la création d’emplois utiles socialement.

Cette orientation s’inscrit dans une conception idéologique selon laquelle l’État ne doit jouer qu’un rôle minimal dans la protection sociale. Une vision libérale, conservatrice et autoritaire, qui privilégie la réduction des dépenses sociales au détriment des plus précaires.

Évidemment, puisque selon elle, il ne faut rien attendre de l’État. Une libérale conservatrice, autoritaire et surtout anti-pauvres. Rien de plus. Rien de moins.

 

Nicolas Maxime


[1]  L’économiste Lorenzo Castellani note que le programme économique de Meloni ne rompt pas avec le modèle économique dominaSur le Reddito di Cittadinanza (revenu de citoyenneté) : selon l’INPS et les données de 2022, le revenu de citoyenneté touchait environ 1,61 million de foyers représentant près de 3,5 millions de personnes et ses montants annuels varient, correspondant à des compléments autour de 480 € par mois pour une personne seule selon les cas individuels. Le dispositif, introduit en 2019 par le Mouvement 5 Étoiles, coûtait entre 7 et 8 milliards d’euros par an.

[2] ANSA.it, Scontro sul reddito di cittadinanza. Meloni: “metadone di Stato”, 5 septembre 2021. Au Forum Ambrosetti à Cernobbio, la leader de Fratelli d’Italia Giorgia Meloni critique vivement le reddito di cittadinanza en le comparant à une « méthadone d’État », estimant qu’il maintient les personnes dans leur condition plutôt que de favoriser leur insertion.

 

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