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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Réforme de l’assurance chômage : durcissement continu et pression accrue sur les demandeurs d’emploi

Tandis que les réseaux sociaux commentent les dernières polémiques médiatiques ou l’attribution du prix Nobel de littérature, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi sur la réforme de l’assurance chômage, dite « saison 2 », moins d’un an après la ratification de la première réforme.

La première réforme était déjà particulièrement violente avec un allongement de la durée de travail nécessaire pour être indemnisé — six mois au lieu de quatre — ainsi qu’un renforcement du contrôle des demandeurs d’emploi. Depuis, de nombreux témoignages font état d’un véritable harcèlement administratif lors de ces contrôles, avec des questionnaires incompréhensibles, des entretiens téléphoniques parfois ubuesques et des vérifications répétées visant à s’assurer que les chômeurs recherchent bien un emploi. Des contestations ont déjà émergé, certains dénonçant les décisions arbitraires d’une administration devenue kafkaïenne. Des situations totalement délirantes ont également été rapportées, comme celle d’un chômeur dont l’indemnisation a été suspendue alors même qu’il était en formation[1].

La réforme adoptée va plus loin. Si cette première réforme semblait déjà difficile à accepter, la suite risque d’aller encore plus loin. Les députés ont ainsi adopté le principe d’une modulation de la durée d’indemnisation chômage en fonction de la conjoncture économique et de la situation du marché du travail. Si le chômage est élevé, les allocations pourraient être maintenues plus longtemps. En revanche, en cas d’amélioration du marché du travail et de multiplication des offres d’emploi non pourvues, la durée d’indemnisation serait réduite.

Or, avec environ six millions de demandeurs d’emploi et près de 400 000 offres non pourvues en 2022, comment déterminer objectivement si la conjoncture est réellement favorable ? [2] Soyons clairs : depuis la fin de la gestion paritaire et l’intégration du financement par la CSG, cette appréciation dépend largement du pouvoir discrétionnaire du gouvernement. Dans le contexte actuel, cela risque surtout de se traduire par une baisse significative des indemnités chômage, quel que soit l’état réel du marché du travail.

Mais ce n’est pas terminé. Les députés de la majorité et de la droite parlementaire ont également adopté un amendement visant à requalifier les abandons de poste en démissions, privant ainsi les salariés concernés de l’accès à l’assurance chômage. Pourtant, malgré l’existence de la rupture conventionnelle, celle-ci reste souvent refusée par les employeurs. Pour des salariés épuisés, maltraités, proches du burn-out ou confrontés à des conditions de travail devenues insupportables, l’abandon de poste constituait parfois le dernier moyen de pression pour sortir d’une situation bloquée et bénéficier d’une indemnisation. Plutôt que de s’interroger sur les véritables raisons des abandons de poste et sur la dégradation des conditions de travail, le gouvernement fait donc le choix de renforcer la pression sur les salariés et les demandeurs d’emploi.

Et pour ceux qui expliquent qu’il existe des centaines de milliers d’offres d’emploi non pourvues parce que les gens « ne veulent pas travailler », une question mérite d’être posée : accepteriez-vous réellement un emploi payé au salaire minimum avec des conditions de travail difficiles, des horaires contraignants et aucune perspective d’évolution ? C’est exactement la même logique que pour le logement : certaines personnes refusent des logements parce qu’ils sont vétustes, insalubres ou indignes. Chacun cherche naturellement ce qui lui permettra de vivre dans des conditions acceptables.

Le problème ne vient donc pas des chômeurs. Il vient de la dégradation du travail depuis plusieurs décennies : désindustrialisation massive, affaiblissement de l’Éducation nationale, chômage de masse, multiplication des emplois précaires, développement d’un micro-entrepreneuriat souvent subi, prolifération de « bullshit jobs » inutiles et nuisibles, perte de sens dans les métiers du soin et du social, management autoritaire et déshumanisé. C’est sur ces problèmes structurels qu’il faudrait agir, et non sur le montant des indemnités chômage.

Le constat est pourtant saisissant : nous faisons face à une crise majeure marquée par l’épuisement des ressources naturelles, une inflation persistante, des tensions énergétiques et un risque de récession. Et quelle est la priorité du gouvernement ? S’attaquer aux chômeurs et réduire leurs droits sociaux. En Allemagne, le SPD a choisi une autre voie en revenant sur la logique de la loi Hartz IV, une réforme qui avait fortement précarisé une partie de la population allemande en poussant des millions de personnes vers des emplois moins protecteurs.

Comme pour la réforme des retraites, Emmanuel Macron ne semble pas envisager d’autre alternative : il veut détricoter le modèle social français et imposer ses réformes néolibérales, peu importe leur degré d’opposition ou d’impopularité. Pour les chômeurs, c’est déjà entendu, ce quinquennat de Macron, ce sera « En Marche ou crève ».

 

Nicolas Maxime


[1] Voir notamment les reportages et analyses consacrés au renforcement du contrôle des demandeurs d’emploi par Pôle emploi : « Pôle emploi : 15 % des chômeurs radiés après un contrôle », BFM TV, 15 décembre 2021 ; « 500 000 contrôles de la recherche d’emploi en 2022 : Pôle emploi intensifie la surveillance », Mediapart, 31 décembre 2021 ; « Pôle emploi : le contrôle des chômeurs intensifié », TF1 Info, 2021.

[2] Compte rendu de la deuxième séance du lundi 3 octobre 2022, Assemblée nationale.

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