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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La souveraineté réelle contre le nationalisme de façade

Aucune politique économique de gauche n’est possible en respectant les traités européens et en restant dans le cadre du marché unique et de la monnaie unique. Ce simple constat suffit à situer cette position dans le champ du souverainisme.

Cependant, se libérer du carcan de l’Union européenne n’est qu’une condition parmi d’autres pour retrouver une véritable souveraineté monétaire et économique. C’est précisément sur ce point que se situe la rupture avec une grande partie des souverainistes, notamment ceux de droite.

Par exemple, les États-Unis disposent de leur propre devise — le dollar — et de règles protégeant davantage leur marché intérieur. Pourtant, ils ne sont guère plus souverains, dans la mesure où la FED est indépendante du pouvoir politique et largement soumise aux exigences des marchés financiers.

Retrouver une souveraineté monétaire et économique effective suppose donc non seulement de s’affranchir des règles européennes, mais aussi de se libérer de la tutelle des marchés financiers, ce qui implique plusieurs mesures structurantes :

  • Séparer les banques de dépôt et les banques d’investissement, afin que les banques d’affaires ne puissent plus spéculer avec l’épargne des citoyens et ne bénéficient plus de la garantie implicite de l’État. En cas de crise majeure, leur faillite aurait alors un impact limité sur l’économie réelle, contrairement à la situation actuelle où l’imbrication des deux activités rend toute crise systémique potentiellement catastrophique[1].
  • Remettre en cause l’indépendance de la banque centrale, afin que l’État puisse à nouveau définir sa politique monétaire — taux d’intérêt et taux de change. L’indépendance des banques centrales constitue un principe central du néolibéralisme, visant à soustraire la politique monétaire au contrôle démocratique. Aucun banquier central n’étant élu, cette situation pose un problème démocratique majeur, d’autant plus que nombre d’entre eux sont issus de la banque d’affaires ou entretiennent des liens étroits avec le secteur financier.
  • Passer d’une dette financée par les marchés financiers à une dette administrée, en reconstituant un Circuit du Trésor. Le financement des administrations publiques par les marchés n’a rien de naturel ni d’inévitable. Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu’en 1966, les déficits publics ou les besoins de trésorerie étaient financés par d’autres mécanismes, notamment par des avances de la Banque de France au Trésor public. La remise en cause des traités européens permettrait à la Banque centrale européenne ou à la Banque de France de financer directement l’État, sans intermédiaires financiers.
  • Mettre en œuvre une véritable planification économique, afin d’organiser de grands travaux d’infrastructures et la transition écologique, et de soustraire du marché les activités essentielles pour les confier à des monopoles publics — énergie, eau, transports, télécommunications — ainsi que les secteurs stratégiques — défense, aéronautique, industrie pharmaceutique — indispensables à la sécurité et à l’approvisionnement de la population.
  • Instaurer un contrôle des capitaux et rétablir une pleine capacité fiscale, en luttant réellement contre l’évasion fiscale, qu’il s’agisse d’optimisation ou de fraude. Un État incapable de faire respecter l’impôt perd inévitablement le consentement fiscal des citoyens et des entreprises les moins favorisées, qui ne comprennent plus pourquoi ils devraient payer lorsque d’autres peuvent dissimuler leurs avoirs dans des paradis fiscaux.

Sortir des traités européens, voire de l’Union européenne elle-même, n’aurait aucun effet économique réel si ces cinq mesures n’étaient pas appliquées. Sans elles, la France demeurerait sous la tutelle des marchés financiers, privée de toute souveraineté monétaire et économique effective.
Ceux qui prônent un Frexit tout en conservant une Banque de France indépendante, sans séparation bancaire, sans Circuit du Trésor, sans nationalisations ni planification, sans contrôle des capitaux ni lutte sérieuse contre l’évasion fiscale, ne relèvent pas du souverainisme. Ils défendent un nationalisme de façade, visant à appliquer le néolibéralisme à l’échelle nationale. Le reste ne relève que du discours creux et de la posture intellectuelle.

 

Nicolas Maxime


[1] Jacques Delors, Loi bancaire du 24 janvier 1984, Journal officiel de la République française, 1984 : cette loi a libéralisé le secteur bancaire français en permettant aux banques de dépôt de réaliser des opérations d’investissement et aux banques d’affaires de se rapprocher de la clientèle classique, afin de moderniser le système et le rendre compétitif au sein du futur marché unique européen, au prix d’une perte de la séparation stricte entre activités bancaires et d’une augmentation du risque systémique.

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