Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il ne faut pas confondre l’individualisme des Lumières et celui de la société de consommation. Il existe, en effet, un individualisme positif, hérité du XVIIIᵉ siècle, qui permet le développement de l’autonomie et de la responsabilité à travers l’art, la médecine, l’éducation et la culture. Cet individualisme n’est pas contraire à l’intérêt général.
On peut en prendre pour exemple la Révolution française, dont l’objectif était d’élever l’Homme et d’abolir l’ancienne société aristocratique et cléricale afin de permettre le développement de l’individu et son émancipation. Pour exister comme individu, l’Homme a besoin de rapports sociaux et d’échanges. Cette conception préfigure le contrat social de Jean-Jacques Rousseau, dans lequel l’État devient la clé de voûte des nouveaux droits et des protections collectives[1].
Ces dernières décennies, s’est toutefois développé un individualisme négatif, à l’opposé du libéralisme politique des Lumières. Cet individualisme est intimement lié à la société de consommation et à la financiarisation de l’économie mondialisée. Le sociologue Robert Castel a montré comment ce basculement s’est opéré avec l’affaiblissement des protections collectives et la montée de la précarité : l’individu est sommé de se débrouiller seul dans un monde où les cadres sociaux se dissolvent[2].
Le problème est que cet individualisme contemporain favorise un affranchissement des règles collectives, un hyper-narcissisme obsessionnel et compulsif, et une responsabilisation individuelle des échecs sociaux. Là où l’individualisme des Lumières visait l’émancipation par l’accès aux droits, à l’éducation et à la citoyenneté, l’individualisme de la société de marché produit l’isolement, la concurrence généralisée et la fragilisation des liens sociaux.
En ce sens, l’individualisme négatif n’est pas une conquête de la liberté, mais le symptôme d’une désaffiliation sociale, dans laquelle l’individu est sommé d’être autonome sans disposer des supports collectifs nécessaires pour l’être réellement.
Nicolas Maxime