Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les propos de Benoît Girard[1] lorsqu'il parle de la formation d’un arc néoconservateur allant de Bernard Cazeneuve au Rassemblement national, en passant par Front Populaire, permettent de mettre en lumière une recomposition idéologique majeure du champ politique français.
Même s’ils semblent s’opposer en apparence sur certains sujets — notamment sur l’Union européenne —, les néoconservateurs partagent un diagnostic commun : le déclassement français serait conjointement causé par l’islam (et, par extension, les musulmans), l’écologie et le socialisme.
La première cause est martelée en permanence afin de faire des musulmans les nouveaux boucs émissaires de la société. Les deux autres sont mobilisées de manière plus insidieuse : la transition écologique serait synonyme de retour à la lampe à huile, tandis que la France serait déjà un pays « socialiste » au regard du niveau de ses prélèvements obligatoires et de ses dépenses publiques. La popularité du terme « islamo-gauchisme », partagé par l’ensemble de cette sphère néoconservatrice et abondamment relayé par les médias, n’a qu’un objectif : décrédibiliser toute tentative de transformation sociale et écologique.
L’échec de Giorgia Meloni en apporte une illustration concrète. Sa politique ne diffère en réalité que très peu de celles menées par Emmanuel Macron ou Olaf Scholz. Il n’existe, au fond, que des divergences de façade entre le néolibéralisme fédéraliste et le néolibéralisme nationaliste. Le mépris pour les plus pauvres est identique, tout comme la soumission aux véritables donneurs d’ordre : l’Union européenne et les marchés financiers.
Dans ce contexte, la gauche radicale peine à incarner une alternative crédible. Elle tombe trop souvent dans le piège identitaire tendu par le bloc néoconservateur, en surenchérissant sur des polémiques stériles au lieu de promouvoir clairement ses propositions sociales et écologiques[2]. La montée de l’intersectionnalisme importé des États-Unis — reconditionné en France sous le label d’« écoféminisme » — tend à éloigner la gauche de la question sociale. À cela s’ajoutent un rejet persistant de la Nation et de la souveraineté, ainsi que des représentants politiques de plus en plus déconnectés de leur base sociale, ne représentant plus que les classes urbaines supérieures.
Paradoxalement, alors même que le peuple adhère majoritairement à des idées de justice sociale, de protection et de redistribution, la gauche est massivement rejetée, voire ostracisée, par ce même peuple, qui lui préfère le néolibéralisme fédéraliste ou le néolibéralisme nationaliste. François Ruffin semble être l’un des rares à avoir compris l’enjeu stratégique en théorisant la seule alliance capable de faire tomber les néoconservateurs : l’union des banlieusards et des campagnards[3]. Mais, selon l’adage, nul n’est prophète en son pays, et il est probable que les appareils politiques et idéologiques de gauche freinent l’émergence d’un tel bloc populaire.
Reste alors le peuple lui-même, en dehors des cadres politiques traditionnels. Le mouvement des Gilets jaunes avait montré qu’une alternative pouvait surgir en dehors des partis. Il n’est peut-être pas trop tard pour voir ce peuple faire tomber le bloc néoconservateur.
Nicolas Maxime
[1] Benoît Girard (Antigone), Revue Antigone | Une nouvelle revue de débat et d’idées.
[2] Daniel Bernabé, Le Piège identitaire : L’effacement de la question sociale, L’Échappée, 2022.
[3] François Ruffin, Je vous écris du front de la Somme, Les Liens qui libèrent, 2022.