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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

« Ça craque » : chronique de l'anomie sociale sous la société néolibérale

Tandis que les bourgeois de gauche et de droite s’écharpent dans les médias et sur les réseaux sociaux pour savoir si l’abaya est un signe religieux, comment exécuter les OQTF ou préserver l’identité française, il existe encore des personnes qui décrivent le monde réel.

C’est ce que vient de faire François-Xavier Ménage avec son livre Ça craque[1]. Après cinq ans d’immersion auprès des Français, l’auteur apporte des témoignages concrets sur le travail, le logement, l’argent, la santé, l’éducation et le vivre-ensemble dans un pays en crise.

Loin des problèmes de riches des écoféministes et des laïcistes, il expose des situations parfois surréalistes : la ville de Grigny sans supermarché, un détective privé chargé de retrouver des médecins de campagne, une infirmière travaillant 365 jours par an, un maire contraint de devenir pompiste…

Surtout, il met au jour les défaillances d’un État néolibéral incapable de faire face à la décomposition du monde social : des étudiants faisant la queue aux banques alimentaires, des déserts médicaux aussi bien en banlieue qu’à la campagne, une aide sociale à l’enfance dysfonctionnelle devenue une machine à broyer les professionnels et les enfants qu’elle est censée protéger, des personnes mal logées dans une indifférence générale, des travailleurs sans papiers dans les cuisines des grands restaurants parisiens, le développement de l’économie parallèle et de la débrouille, des démissions en série d’élus locaux, une administration aux allures soviétisantes aux injonctions toujours plus paradoxales.

Émile Durkheim parlait d’anomie sociale[2], c’est-à-dire d’une situation dans laquelle « il y a déficience de règles sociales communément acceptées, de sorte que les individus ne savent plus comment orienter leur conduite ». C’est précisément cette anomie que nous vivons aujourd’hui, résultant de plus de quarante ans de politiques néolibérales : destruction des structures collectives, affaissement des liens sociaux et disparition des cadres communs, sans lesquels il ne peut y avoir ni identité partagée ni cohésion nationale.

 

Nicolas Maxime


[1] François-Xavier Ménage, Ça craque, Robert Laffont, 2023.

[2] Émile Durkheim, De la division du travail social, Paris, PUF, 2013 [1893].

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