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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Autogestion et économie sociale et solidaire : un état des lieux

 

L’autogestion, bien que minoritaire, connaît un regain d’intérêt à travers l’économie sociale et solidaire (ESS), qui démontre, notamment via les coopératives et les entreprises reprises par leurs salariés, qu’un modèle économique fondé sur la gouvernance démocratique et la coopération peut être une alternative viable au capitalisme.

De plus en plus d’ouvrages d’économie, sortis récemment en librairie, sont consacrés à l’autogestion, qui semble revenir sur le devant de la scène. Ainsi, Baptiste Mylondo et Simon Cottin-Marx[1] ont démontré que, loin d’être utopique, le modèle autogestionnaire semble se décliner à travers l’économie sociale et solidaire, notamment au sein des coopératives, des associations et des entreprises autogérées, qui expérimentent de nouvelles formes de gouvernance démocratique et horizontale. Benoît Borrits a consacré plusieurs essais sur le sujet en proposant des solutions innovantes pour développer la propriété collective, allant même jusqu’à intégrer, dans l’un d’entre eux, un guide de création pour les personnes souhaitant s’engager dans l’aventure autogestionnaire[2].

Définition et histoire de l’autogestion

L’autogestion consiste pour une structure ou un groupe d’individus à déléguer la prise de décisions à l’ensemble de ses membres. Pendant des siècles, des biens communs ont été administrés de manière démocratique par des travailleurs ou des habitants, comme l’avait démontré Elinor Ostrom[3]. Ainsi, les mines de Rancié ont été gérées par une collectivité des habitants de Vic de Sos durant cinq siècles jusqu’à ce qu’elles soient placées sous l’autorité du Préfet par Napoléon Ier. 

L’autogestion est une idée ancienne étroitement liée au socialisme car elle s’oppose au capitalisme classique en abolissant la distinction entre employeurs et employés et en plaçant le pouvoir de décision directement entre les mains des travailleurs. Ce modèle a souvent été perçu comme une alternative crédible aux logiques de marché et à la bureaucratie étatique.

Au XIXème siècle, des organisations comme l’Association internationale des travailleurs (AIT) ou des penseurs comme Pierre-Joseph Proudhon prônaient des organisations économiques où les travailleurs contrôlaient directement les moyens de production. Des ouvriers cherchent à s’organiser en dehors du capitalisme ce qui va donner naissance au mouvement coopératif. En France, en 1835, apparaît la première épicerie sociale coopérative, tandis qu’en Angleterre, en 1844, les Équitables Pionniers de Rochdale créent l’une des premières coopératives. Durant la Commune de Paris en 1871, certaines manufactures furent brièvement autogérées par leurs ouvriers. Jean Jaurès va également soutenir la Verrerie ouvrière d’Albi en 1896 fondée par les ouvriers eux-mêmes. Au XXème siècle, on peut noter les expériences de la Russie soviétique (1917), de la révolution espagnole (1936-1938) ou des kibboutz en Israël mais c’est la Yougoslavie du maréchal Tito qui va développer le socialisme autogestionnaire comme alternative au collectivisme de l’URSS.

Après mai 68, des organisations syndicales comme la CFDT ont réinvesti le modèle de l'autogestion. Un fait marquant durant les années 70 fut l’affaire Lip. L’entreprise Lip fut confrontée à de graves difficultés et la direction annonça le dépôt de bilan. Les ouvriers ont décidé de prendre les commandes de la production, en organisant eux-mêmes la gestion de l’usine et en revendiquant leur droit à l’autogestion. Face à la pression des pouvoirs politiques et à l’hostilité du patronat qui ont usé de tous les moyens légaux pour écraser cette tentative de reprise par les salariés, l’expérience se solda par un échec. L’affaire Lip a marqué un tournant symbolique dans l’histoire des luttes ouvrières en France car elle a révélé les limites d'une telle expérience en dehors d'un véritable changement structurel du système économique.

Aujourd’hui, bien que l’autogestion en tant que projet révolutionnaire ait perdu du terrain, elle demeure un élément essentiel de l’économie sociale et solidaire (ESS).

L’économie sociale et solidaire (ESS), un modèle alternatif émergeant confronté à de nombreux défis

L’économie sociale et solidaire (ESS) regroupe un ensemble d’organisations selon des statuts juridiques divers parmi lesquelles on retrouve les coopératives : les SCOP (Sociétés Coopératives et Participatives), les SCIC (Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif), les CAE (Coopératives d’Activités et d’Emploi) … ; les mutuelles ; les associations ; les fondations. En France, l’ESS représente environ 10 % du PIB et emploie plus de 2,3 millions de personnes[4].

Ces modèles d’organisations fonctionnent selon des principes communs :

  • Une gouvernance démocratique basée sur le principe une personne = une voix.
  • Une lucrativité limitée avec une répartition équitable des bénéfices.
  • Une finalité collective : on favorise l’intérêt général et l’utilité sociale plutôt que la seule recherche du profit.

L’ESS émerge dans des domaines variés comme l’agriculture, le commerce, l’industrie, la finance et les services et s’incarne à travers les banques coopératives, les assurances mutualistes, l’habitat participatif ou encore les entreprises de services à la personne.

Si la plupart des initiatives sont des projets coopératifs ou associatifs qui ont été initiés dès leur création par des travailleurs ou des collectifs citoyens comme l’habitat coopératif, on remarque toutefois que des entreprises ont été reprises par leurs travailleurs, souvent à la suite d’une faillite ou d’une fermeture décidée par l’employeur. Ainsi, la transformation de l’usine Fralib en coopérative, sous le nom de Scop Ti, qui a réalisé son meilleur chiffre d’affaires l’an passé après dix ans d’activité, témoigne du succès des reprises d’entreprises par les salariés. Non seulement les emplois ont été sauvés et l’activité pérennisée mais la coopérative a établi un système de rémunérations équitables, avec un salaire unique par catégorie professionnelle compris entre 1 600 et 2 000 euros nets, établissant ainsi un écart de seulement 1,25 entre les plus bas et les plus hauts revenus.

Malgré une dynamique réelle et des réussites prometteuses, l’ESS reste minoritaire. En effet, elle fait face à de nombreux défis dont les difficultés d’accès aux financements, un cadre législatif souvent contraignant, même si la loi du 31 juillet 2014 a apporté des améliorations significatives, et surtout une concurrence vive des grandes entreprises capitalistes qui obligent parfois les organisations de l’ESS à devoir choisir entre la rentabilité et la fidélité à leurs valeurs.

​​​​​​Nicolas Maxime 

 

[1] Baptiste Mylondo & Simon Cottin-Marx « Travailler sans patron » Folio 2023.

[2] Benoît Borrits & Aurélien Singer « Travailler autrement : les coopératives » Les Editions du Détour 2017.

[3] Elinor Ostrom « Gouvernance des biens communs – Pour une nouvelle approche des ressources naturelles » De Boeck Supérieur 2010.

[4] Novethic.fr « Que pèse l’économie sociale et solidaire en France ? » 31 octobre 2017.

Article paru dans la revue Royaliste N°1298

Article paru dans la revue Royaliste N°1298

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