Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
François Bayrou vient d’annoncer un plan d’économies budgétaires de 43,8 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de 1,5 % du PIB[1]. Il s’agit, ni plus ni moins, d’une véritable politique d’austérité, qui va consister à céder les dernières participations publiques encore détenues dans certaines entreprises stratégiques, à ne plus remplacer un fonctionnaire sur trois partant à la retraite, à supprimer deux jours fériés — parmi lesquels le 8 mai, jour de la victoire contre l’Allemagne nazie, tout un symbole !
À cela s’ajoute le gel de toutes les prestations sociales par le biais d’une année blanche, la suppression de l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite, l’intégration dans le barème de l’impôt sur le revenu de ménages jusque-là exonérés, et le plus grave peut-être : une attaque frontale contre la Sécurité sociale. Cette dernière passerait par le déremboursement de certains médicaments, un contrôle renforcé des arrêts maladie, la fin du 100 % pour les Affections de Longue Durée (ALD) et des baisses de moyens drastiques pour les hôpitaux publics.
C’est donc une véritable purge sociale qui se profile pour l’ensemble des Français, à l’exception bien sûr des donneurs d’ordre de ce gouvernement, à savoir les ultra-riches et les multinationales, qui une fois encore ne seront nullement mis à contribution.
Les effets de cette purge risquent d’être dévastateurs à moyen et long terme. Sur le plan sociétal, cette politique ne pourra que nourrir davantage la rancœur et le ressentiment d’une population déjà fragilisée par des années de réformes régressives. Sur le plan social, alors que la pauvreté atteint déjà des niveaux endémiques, l’austérité ne fera qu’aggraver la précarité, creuser les inégalités et fragiliser encore plus les plus vulnérables.
Quant au secteur de la santé, qui est aujourd’hui au bord de l’effondrement, il risque purement et simplement d’imploser. On souhaite d’ailleurs bien du courage au gouvernement actuel — et à ses successeurs — pour trouver des vocations dans les métiers du soin, tant ces derniers sont déjà marqués par des conditions de travail dégradées et un manque chronique de reconnaissance.
Sur le plan économique, il est illusoire de croire qu’une telle saignée permettra un redressement durable. Bien au contraire : l’économie ne s’en relèvera pas, et il est fort à parier que, dans quelques années, le même débat sur l’austérité, les dépenses publiques et la dette reviendra sur le devant de la scène, comme une ritournelle funeste à laquelle aucun gouvernement n’apporte de réponse structurelle.
Bien entendu, Bayrou et sa bande pourront compter sur la complicité de LR et du RN, qui vont cautionner une politique dévastatrice pour le modèle social français, au mépris des intérêts de la population.
En somme, cette purge sociale n’est rien d’autre qu’un aveu d’impuissance et de renoncement. Plutôt que d’affronter les véritables causes — évasion fiscale, niches injustifiées, dérégulation financière, perte de souveraineté économique et monétaire — on préfère sacrifier la solidarité nationale, miner la cohésion sociale et hypothéquer l’avenir.
Sous couvert de purge sociale, le moment de vérité de François Bayrou s’avère être en réalité le moment de compromission et de sacrifice collectif.
Nicolas Maxime
[1] Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, Budget : 43,8 milliards d’euros d’économies à réaliser pour réduire le déficit dès 2026, 16 juillet 2025, https://www.economie.gouv.fr/actualites/budget-438-milliards-deuros-deconomies-realiser-pour-reduire-le-deficit-des-2026.