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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand les boomers servent de boucs-émissaires au Capital pour privatiser les retraites

Bayrou a récemment affirmé que l’endettement public aurait été creusé pour assurer le confort des boomers[1]. Ce faisant, il alimente un conflit de générations en opposant les jeunes aux anciens. En réalité, il s'agit bel et bien d’une manœuvre politique destinée à transformer les retraités en boucs émissaires, afin de préparer l’opinion à une réforme des retraites défavorable.

Certains candidats à la présidentielle comme Attal, Retailleau et même Bardella cherchent à faire valider l'idée selon laquelle les jeunes actifs sont ponctionnés pour un système de retraite qui enrichit injustement les boomers. Le but de l'opération serait de diminuer la part de la retraite par répartition par la baisse des pensions afin d'introduire une part de capitalisation. En somme, comme les retraités doivent passer à la caisse, pour que l'idée soit acceptée, il faut d'abord les faire passer pour des parasites nuisibles aux producteurs — alors que ces derniers ont été eux-mêmes des travailleurs.

Cette stratégie est connue : c’est celle du bouc-émissaire. En désignant un groupe à qui l’on fait porter la responsabilité de tous les maux, on détourne l’attention des causes réelles et des véritables responsables. Cela permet de se défausser politiquement, et surtout de préparer l’opinion publique à accepter des réformes qui, sans ce travail de stigmatisation, seraient jugées inacceptables. On a longtemps désigné comme boucs émissaires les allocataires du RSA, les chômeurs, les fonctionnaires, ou encore les migrants. Cette fois, la cible est la génération des retraités, censée être responsable du déséquilibre économique et social. Au lieu de valoriser la continuité entre générations et la solidarité qui fonde notre système de retraite, on organise leur mise en concurrence avec les actifs pour rendre acceptable une réforme qui, en réalité, transfère une partie des retraites vers la sphère financière, au profit des banques et fonds de pension.

Car le seul véritable enjeu est d'opérer un transfert de richesse vers le capital privé en délégitimant le système de retraites par répartition. En le faisant passer pour injuste et opposant ainsi les générations, on ouvre le terrain à une réforme permettant de mettre en œuvre la retraite par capitalisation. Et les véritables perdants ne seront pas que les boomers qui verront leurs pensions amputées mais aussi les jeunes actifs qui découvriront l'instabilité des marchés financiers et le risque de tout perdre. En détruisant notre système social hérité du compromis national de 1945, seul le Capital sortira vainqueur de ce pseudo conflit générationnel.

 

Nicolas Maxime


[1] Le boomer est une expression désignant une personne née en Occident pendant la période du baby-boom, entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le milieu des années 1960. Cette expression est souvent péjorative car elle désigne une personne âgée ayant profité d’une période de stabilité politique et de croissance économique.

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