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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

François Boulo et le mépris de classe de la gauche

En 2018, François Boulo était l’une des figures intellectuelles du mouvement des Gilets jaunes, incarnant une contestation sociale qui refusait de se laisser enfermer dans les carcans idéologiques traditionnels. Aujourd’hui, alors que le Rassemblement national s’impose comme le premier parti ouvrier de France, l’ancien avocat rappelle une évidence que la gauche s’obstine à nier : on ne combat pas l’extrême droite en se contentant de la diaboliser.

La gauche française a perdu son peuple. Elle a abandonné ce qui faisait sa force historique : la souveraineté populaire, l’émancipation matérielle, la socialisation des moyens de production. En lieu et place, elle s’est convertie au libéralisme culturel, à l'écologie bobo et à la redistribution des richesses, ce qui ne convainc plus que les classes moyennes urbaines. Dans cette mutation, elle a abandonné les classes populaires, qui se sont tournées vers le RN non par adhésion idéologique, mais faute d’alternative crédible.

Le discours dominant à gauche a évolué : jadis centré sur la lutte des classes, il est devenu un discours moralisateur, où l’ouvrier mal-pensant est regardé avec mépris car supposément sexiste et raciste quand ce n'est pas le représentant de l'homme blanc cisgenre. La bourgeoisie progressiste, diplômée, installée dans les métropoles, n’a pas cherché à comprendre les causes du vote RN. Elle a préféré condamner, insulter et ostraciser. Or, comme le rappelle François Boulo, une partie importante des électeurs du RN n’est pas d’extrême droite, mais simplement antisystème. Ils ne croient plus en la gauche, car cette dernière a abandonné la lutte des classes pour prôner une vision du monde où l’État n’est qu’un outil de correction des inégalités ex post, et non un levier de transformation sociale.

Dans ce vide politique, le RN a su imposer un imaginaire producériste[1], structuré autour de la lutte entre producteurs et parasites. A été redéfini les ennemis des classes populaires : non plus les milliardaires, mais les assistés, les migrants, voire les fonctionnaires. Ce glissement est le fruit de décennies d’abandon par une gauche qui a choisi d’être le supplétif de l’extrême centre, ce néolibéralisme qui a détruit les protections sociales et brisé le monde du travail sous couvert de modernisation.

Le RN prospère sur les ruines du macronisme, qui a laminé la France périphérique avec son mépris technocratique. L’électorat populaire, désabusé, oscille entre abstention et vote protestataire. La gauche, si elle veut renaître, doit cesser de faire la leçon et reconstruire un projet politique ancré dans la souveraineté et la production, s’inspirant des idées de Bernard Friot[2].

Ce projet doit être fondé sur la socialisation des moyens de production et la démocratisation du travail. Il s'agit de remettre le travail au cœur de la société, en le dissociant de la logique marchande, en favorisant la participation directe des travailleurs à la gestion de l’économie, et en créant un système de salaires garantis à tous les citoyens, indépendamment de leur statut. Ce modèle émancipateur, loin des logiques libérales et de la précarisation du travail, propose une véritable alternative à un système économique qui se fait au détriment des classes populaires.

Il ne s’agit pas seulement de redistribuer les richesses, mais de les produire de manière collective et solidaire, dans une logique de souveraineté économique. L’objectif est de redonner du sens au travail, de permettre aux citoyens de participer pleinement à la vie économique et politique, en garantissant l'accès à un travail digne et une sécurité économique stable.

Le combat contre l’extrême droite est avant tout un combat contre l’extrême centre puisque l'extrême droite n'est que la continuité radicale de l'extrême centre. Un combat pour une alternative crédible qui parle aux classes populaires non pas en les culpabilisant, mais en leur proposant un avenir collectif qui passe par une rupture nette avec la bourgeoisie libérale de gauche et par le retour à une pensée socialiste ancrée dans le réel.

Tant que la gauche persistera dans le moralisme et le mépris, elle continuera de creuser sa propre tombe. L’avenir de la gauche se joue dans la réappropriation des moyens de production, dans la revalorisation du travail et dans une politique de souveraineté populaire qui redonne la parole et le pouvoir aux travailleurs et aux citoyens. C’est ainsi, et seulement ainsi, que la gauche pourra redevenir le porteur d’une alternative crédible et durable face à l’extrême droite et à l'extrême centre.

 

Nicolas Maxime


[1] Michel Feher, Producteurs et parasites : L’imaginaire si désirable du Rassemblement National, La Découverte, 2024.

[2] Bernard Friot, L’enjeu du salaire, La Dispute, 2012 ; voir aussi Bernard Friot, Vaincre Macron, La Dispute, 2017.

 

 
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