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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La gauche, le barrage au Rassemblement National et « le fascisme déjà là »

Lors des récentes élections législatives, tout comme lors des présidentielles, les partis de la majorité ainsi que la gauche ont appelé à « faire barrage » au Rassemblement National, le présentant comme une menace fasciste. Selon certains, ce mouvement serait l'héritier de Vichy et de l'OAS, et aurait pour objectif d'instaurer une politique raciale et ségrégationniste, voire d’éliminer certaines populations.

Photo : Foto-AG Gymnasium Melle — Emmanuel Macron and Marine Le Pen Licence : Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0

Cependant, cette perception de la réalité est tronquée. Cet antifascisme d'opérette nous empêche de voir le fascisme déjà-là[1] pour reprendre l’expression de Benoît Girard. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 (le tournant autoritaire ayant déjà débuté sous François Hollande suite aux attentats de Charlie Hebdo), des lois liberticides ont été votées et appliquées, souvent avec le prétexte de lutter contre le terrorisme ou de préserver la sécurité publique. Parmi celles-ci, on trouve la loi antiterroriste (2017), la loi sur le secret des affaires (2018), la loi « anticasseurs » (2019), la loi dite « séparatisme » (2021), la loi « Sécurité globale » (2021), la loi « responsabilité pénale et sécurité intérieure » (2022). Ces législations ont porté atteinte aux droits fondamentaux, comme la liberté de manifester, de circuler, ou encore la protection de la vie privée. En outre, la gestion de la crise sanitaire a marqué un tournant avec la mise en place du pass sanitaire, des confinements et une obligation vaccinale pour certaines professions. Un scénario qui rappelle presque celui d’une série dystopique comme « Black Mirror » . Qui aurait pu penser, il y a de cela dix ans, qu'il aurait fallu présenter un QR code pour entrer dans un restaurant ?

Ce ne sont pas les dirigeants du Rassemblement National qui ont mis en œuvre ces mesures, mais un gouvernement centriste. Même en cas de victoire de Marine Le Pen, ces mesures autoritaires auraient probablement été appliquées, en y ajoutant des politiques anti-immigration plus restrictives. 

Ce que les militants de gauche doivent comprendre, c'est que Marine Le Pen et son entourage ne représentent pas une rupture avec le macronisme, mais plutôt une version « identitaire » de celui-ci. Le Rassemblement National a évolué, cherchant à se normaliser et à montrer qu’il est désormais prêt à assumer des responsabilités gouvernementales. Cette transformation se reflète dans leur discours récent plus modéré sur l’Union Européenne, où il s'agit maintenant de vouloir « réformer l'UE de l’intérieur », et leur approche soi-disant plus sérieuse en matière de gestion budgétaire.

Johann Chapoutot, parle d’un « fascisme zombie » ou d’un « nazisme zombie »[2], où les valeurs idéologiques ont subsisté sous une autre forme. Déjà présent depuis une quarantaine d’années depuis l’éclosion des politiques néolibérales, ce dernier est en train de prendre la forme d’un « libertarianisme autoritaire ». On observe cette dynamique à travers des figures comme Elon Musk, Javier Milei, Nayib Bukele ou Giorgia Meloni, qui remettent en question à la fois l'État social et l'État de droit. Le capitalisme entre dans sa phase totalitaire où les libertés individuelles et les droits sociaux s’effacent devant un pouvoir technologique et économique concentré. Ce libertarianisme autoritaire repose sur une fusion de l’économique et du politique, marquée par la domination des géants du numérique et un usage massif des outils de surveillance. Qu’un philosophe libéral comme Gaspard Koenig en prenne conscience en dit long sur ce qui est en train de se produire sous nos yeux[3]. Le fascisme n’est que la roue de secours d’un capitalisme lui-même en crise.

Avec l’épuisement progressif des énergies fossiles et la raréfaction des matières premières, le capitalisme ne pourra plus maintenir les concessions actuelles envers les plus démunis, comme celles offertes par l’économie sociale de marché. Pour cela, il faut « faire table rase du passé », l’objectif devient alors de transférer aux marchés financiers l’héritage de 1945, à savoir la Sécurité sociale et les services publics. Et cela se fera par la force, avec la surveillance de masse et la restriction des libertés publiques, et probablement par la suite, la reconnaissance faciale et le crédit social. 

Déjà sur les réseaux sociaux, les identitaires comme Sarah Knafo commencent à adouber le libertarianisme. Il n’y a rien de surprenant à cela. Ces profils ont de similaire à partager le même ethos fasciste et la même volonté nihiliste de destruction du commun au nom d'un « surmoi » identitaire.

Si la gauche veut redevenir majoritaire, il faut comprendre que cela ne passera pas par un barrage « antifasciste » contre le Rassemblement National mais par une opposition contre le capitalisme entré dans sa phase autoritaire et libertarienne. Pour cela, il faut rompre avec le capitalisme et ne plus penser qu’on peut l’aménager mais renouer avec le socialisme et restaurer la souveraineté en reprenant le contrôle sur les moyens de production, la seule voie capable d’opérer une véritable rupture.

 

Nicolas Maxime

[2] Selon Johann Chapoutot, le « nazisme zombie » désigne une forme atténuée et diffusée du fascisme dans les sociétés contemporaines sécularisées, où les affects idéologiques intenses (angoisse, espérance) ont disparu. Il s’agit d’un fascisme « zombifié », qui se propage par des récits et des peurs latentes plutôt que par un militantisme radical classique. Johann Chapoutot, entretien “Du nazisme zombie”, Lundi Matin, 12 février 2024, DU NAZISME ZOMBIE.

[3] Gaspard Koenig, L’essor de l’autoritarisme libertarien, Les Échos, 20 novembre 2024.

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