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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Trump et Vance face à Zelensky : Le spectacle de l'humiliation

Il y avait quelque chose de complètement surréaliste dans le spectacle offert par Donald Trump et JD Vance ridiculisant Volodymyr Zelensky devant les caméras du monde entier. Une scène qui, il y a encore quelques années, aurait semblée improbable : un président américain et son vice-président humiliant publiquement le dirigeant d’un pays en guerre, naguère célébré comme un héros par les démocraties libérales occidentales.

Mais ce moment gênant révélait surtout l'impasse totale dans laquelle se trouve l’Occident. Car si Trump et Vance ont incarné la brutalité cynique d’une Amérique prête à abandonner son protégé, Zelensky, lui, s’est montré tout sauf le héros qu’il prétendait être. Pensant encore pouvoir négocier, faire le show, jouer sur les symboles qui lui avaient valu une standing ovation il y a deux ans, il n’a récolté que mépris et désintérêt.

Photo officielle - The White House, 28 février 2025 - domaine public

La guerre en Ukraine illustre la fracture entre deux courants libéraux opposés sur des questions comme le Covid, la mondialisation ou l’évolution des mœurs.

D’un côté, les libéraux progressistes pro-Ukraine y voient un affrontement civilisationnel opposant les démocraties aux régimes autoritaires, considérant Poutine et Trump comme des menaces pour le l'ordre mondial. De l’autre, les libéraux identitaires pro-Trump et pro-Poutine perçoivent la guerre comme une opportunité de restaurer des valeurs traditionnelles et de mettre fin au mondialisme, allant jusqu’à qualifier Zelensky de dictateur. Dans les deux camps, l’analyse tend à être binaire et manichéenne.

Cependant, contrairement au récit dominant qui présentait ce conflit comme une confrontation entre démocratie et autocratie, Emmanuel Todd a vu la guerre en Ukraine comme un révélateur du déclin de l’Occident et de la fin de l’hégémonie américaine[1]. L'Occident a échoué à étrangler la Russie qui a résisté, malgré les sanctions économiques et un isolement diplomatique.

Zelensky a été l'instrument des ambitions néoconservatrices américaines et européennes visant à amoindrir la Russie. Porté par les médias occidentaux comme un héros, celui-ci s'est pris au jeu et n'a pas compris les conséquences sur son peuple à savoir que cela permettait d'entretenir l’illusion d’une victoire ukrainienne et que ça prolongerait inutilement les souffrances de l'Ukraine et empêcherait toute négociation réaliste avec la Russie. Mais ce n'est pas tant la faute de Zelensky que des dirigeants américains et européens, Biden et Macron en tête.

L’un des drames de cette guerre est que l’Ukraine s’est retrouvée prise en étau entre deux grandes puissances et a fini par servir d’instrument dans une confrontation qui la dépasse. Les États-Unis et l’UE lui ont donné l’illusion d’un soutien indéfectible, mais en réalité, ils n’ont jamais eu l’intention d’engager une confrontation directe avec la Russie.

La situation actuelle illustre cette hypocrisie : après avoir encouragé la résistance ukrainienne, les États-Unis ont commencé à réduire leur soutien dès 2023, avant la réélection de Trump. En ce sens, l’Ukraine devenait un fardeau à gérer plutôt qu’un atout stratégique. Trump, en revanche, a choisi une approche plus brutale et médiatique que Biden : au lieu d’un retrait discret, il a opté pour une humiliation publique de Zelensky afin de signifier la fin de l’engagement américain.

Zelensky a été arrogant, convaincu de pouvoir imposer son discours face à Trump et Vance, et de faire son show habituel. Mais comme l’explique Emmanuel Todd, Trump n’est pas le président d’une Amérique triomphante, mais celui qui va devoir gérer la défaite. Son rôle est d’entretenir l’illusion de la puissance auprès de son électorat, alors même que les États-Unis sont contraints de battre en retraite. Incapable de masquer cette réalité, il a choisi l’humiliation comme arme politique, écrasant plus faible que lui dans un spectacle navrant. Mais derrière cette mise en scène brutale, la réalité est implacable : Trump va se retirer du conflit et concéder à Poutine tout ce que l’Ukraine refusait de négocier.

L’invasion de l’Ukraine reste une décision russe et un acte de guerre indiscutable. Cependant, il faut comprendre qu'elle s’inscrit dans un contexte où les États-Unis et l’UE ont multiplié les provocations et refusé toute négociation sérieuse pour apaiser les tensions avant 2022. En ce sens, l’Occident a contribué à créer les conditions de ce conflit en jouant avec le feu et en sous-estimant la détermination russe. Cette guerre aurait pu être évitée ou être arrêtée à temps pour éviter la mort de centaines de milliers de personnes.

Aujourd’hui, cette guerre révèle surtout l’effondrement de l’Occident : les États-Unis cherchent à s’en extraire brutalement, et l’Europe se retrouve isolée et incapable d'assurer un soutien militaire. L’Ukraine, quant à elle, va payer les pots cassés de cette géopolitique cynique.

Ce triste spectacle illustre une bascule : l’épuisement du narratif héroïque, l’effondrement de la mise en scène occidentale où les bons et les méchants étaient censés être clairement définis. L’Ukraine, qui devait être la grande cause unificatrice du bloc occidental, est devenue un fardeau dont on se détourne avec un mélange d’embarras et de lassitude. La guerre continue, mais les illusions s’effondrent. L’Occident entré dans sa phase terminale, est même incapable de sauver la face.

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024.

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