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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

La démocratie confisquée par les marchés

Alors que chaque camp politique se prépare à s’unir ou se diviser en vue des prochaines élections présidentielles, il n’est plus possible de croire à un quelconque débouché politique par les urnes, ni à droite ni à gauche. Au risque de paraître fataliste, tout paraît irrémédiablement vérolé. Le système électoral ne sert plus qu’à légitimer des choix imposés ailleurs — à Bruxelles, dans les conseils d’administration des multinationales, ou dans les salles de marché. Gouverner, aujourd’hui, ne signifie plus représenter un peuple ou porter un projet, mais rassurer les agences de notation et appliquer des « réformes » dictées par les intérêts privés. Syriza, Fratelli d’Italia, LR, PS ou LFI : peu importe le logo, les marges de manœuvre sont si réduites par le carcan néolibéral qu’ils en viennent tous à faire la même chose.

Aucun acteur politique ne porte aujourd’hui un projet suffisamment fort pour fédérer au-delà des fractures. Et partout, la conflictualité se forge dans le ressentiment : ce n’est plus une conscience sociale qui émerge, mais une méfiance généralisée, tournée contre les plus fragiles. On revient toujours à l'idée de Michel Feher, en opposant les producteurs aux parasites, on accuse le chômeur, le migrant, le fonctionnaire de « profiter du système »[1]. Le producérisme permet de conforter la majorité dans les choix économiques dominants en réhabilitant une morale du travail déconnectée des rapports de force réels. Il valorise l’effort individuel tout en détournant l’attention des structures d’exploitation. Ce récit flatte les méritants et stigmatise les assistés, justifiant ainsi les politiques d’austérité, la casse des droits sociaux et la précarisation du salariat.

À partir de là, toute alternative devient impossible. Nous ne sommes plus dans une démocratie réelle, mais dans une gouvernance post démocratique où les choix fondamentaux échappent au peuple. Le pluralisme n’est qu’un décor, une mise en scène de la diversité politique qui masque l'uniformité des politiques menées. Tant qu’on restera dans ce cadre, aucune rupture ne pourra émerger. Voilà pourquoi, aussi désespérant que cela puisse paraître, seuls un effondrement ou une révolution sont encore en mesure de rouvrir le champ des possibles et de rendre au peuple le pouvoir qu’on lui a confisqué.

Et d’ici là, le véritable vainqueur sera celui qui saura coller le plus fidèlement aux aspirations des marchés, tout en étant conforté par une majorité à qui l’on aura fait croire qu’il incarne encore une alternative.

 

Nicolas Maxime


[1] Michel Feher, Producteurs et parasites : L’imaginaire si désirable du Rassemblement national, La Découverte, 2024.

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