Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les dernières polémiques sur le racisme montrent à quel point la gauche est empêtrée dans des contradictions idéologiques permanentes.
On a d'abord Sophie Binet qui déclare sur BFM TV que le débat sur l'immigration est caricatural puisque celle-ci est une richesse. Le député LFI, Aly Diouara, va réagir, par la suite, en déclarant en avoir marre de tous ces discours de gauche. Il accuse la syndicaliste d’alimenter « le dessein des réactionnaires et des racistes en tous genres », quand bien même celle-ci soit en faveur de la régularisation des travailleurs sans papiers et de l'égalité des droits entre travailleurs français et étrangers.
En effet, en réduisant l'immigration à une richesse, soit à un apport strictement financier, Binet fait preuve d'une forme de paternalisme « bienveillant » à l'égard des immigrés. Alors qu'on aurait pu s'attendre à ce que la CGT s'oppose à l'immigration économique en tant qu'armée de réserve du Capital, celle-ci se met à défendre le même point de vue que le MEDEF, démontrant ainsi l’incapacité de la gauche sociale-démocrate à dépasser le capitalisme. Mais est-ce que ça fait de Sophie Binet une raciste comme le prétend Aly Diouara ? Évidemment non. On peut se demander qui ne serait pas considéré comme raciste pour le militant décolonial, celui-ci semblant traquer, sur les réseaux sociaux, le moindre tweet supposément « raciste ». Paradoxalement, le député antiraciste fait part de ses obsessions raciales en évoquant régulièrement les « blancs » et les « juifs ».
Enfin, un autre évènement, qui aurait pû être anecdotique, a retenu l’attention. « Nadège Abomangoli devient la première femme noire à présider une séance à l’Assemblée Nationale ». Les camarades NFP de la députée LFI vont quasiment tous insister sur sa couleur de peau et non sur les qualités qui lui ont permis de présider la séance.
De même qu’Aly Dioura, Nadège Abomangoli est également préoccupée par la race. Lors des investitures, elle avait désigné de « petit blanc » son concurrent à l’investiture des législatives, Claudio Calfuquir. Rappelons que le militant de gauche est issu d'une famille chilienne qui a fui le régime de Pinochet. On a vu pire comme mâle blanc dominant.
Comme l'antisémitisme, l'antiracisme est désormais instrumentalisé à des fins politiques. Cette racialisation du débat est un piège dans lequel la gauche est tombée. Au lieu de comprendre le capitalisme comme un fait social total ayant pour conséquences le racisme et le sexisme[1], certains se sont mis en tête de faire la chasse aux « racistes ».
Pire, on pourrait même affirmer que cet antiracisme est en train de devenir également raciste. En sous-entendant que « l’homme blanc (ou juif) » est le problème et en racialisant la question sociale, les décoloniaux et les intersectionnels renoncent au commun et à l’universel pour céder à la même tentation identitaire que la droite pour lesquels les immigrés, c'est à dire les noirs et les arabes, sont le problème.
La solution ne pourrait passer que par un antiracisme véritablement universaliste, non pas celui des Charlie Hebdo et consorts, qui est en réalité un racisme anti musulman déguisé en laïcité (lire l'excellent Qui est Charlie ?[2] d'Emmanuel Todd pour le comprendre) mais un antiracisme du commun, celui de Fatou Diome ou d'Abdennour Bidar[3], qui refusent autant la stigmatisation des musulmans que l'assignation identitaire et le communautarisme des décoloniaux.
Nicolas Maxime