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Je suis éducateur spécialisé depuis 2009. Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu profondément critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, Jean-Claude Michéa, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Naomi Klein...

Nécessaire souveraineté

Ce texte répond à plusieurs commentaires formulés à la suite de mon précédent post sur le productivisme prôné par Arnaud Montebourg.

La nécessaire souveraineté[1], comme l’exprimait à juste titre la regrettée Coralie Delaume, ne se résume pas au fameux Frexit, devenu le mantra d’une partie des souverainistes. Sortir de l’Union européenne constitue certes une condition nécessaire, mais elle est loin d’être suffisante. La souveraineté véritable ne consiste pas non plus à relancer la production nationale ou à réindustrialiser le pays à travers un « keynésianisme zombie », qui, sous couvert de relance, ne ferait qu'alimenter une illusoire croissance infinie afin d'engraisser davantage les capitalistes. Elle ne réside pas non plus dans une politique de taxation accrue des riches, qui reviendrait à valider leur statut mensonger de « créateurs de richesses », alors que ce sont bel et bien les travailleurs qui produisent la valeur réelle.

Non, la nécessaire souveraineté passe d’abord, et avant tout, par la souveraineté monétaire, ce qui implique de se débarrasser de cette « monnaie allemande » qu’est l’euro[2], afin de retrouver la maîtrise des taux directeurs, du taux de change et de la création monétaire. C'est un premier pas indispensable pour redonner à la France la capacité de financer ses besoins collectifs, d’orienter ses choix économiques et de rompre avec la dépendance vis-à-vis des marchés financiers et de la Banque centrale européenne.

Mais la souveraineté doit aussi être populaire et démocratique. Cela suppose une rénovation profonde de la démocratie représentative, avec l’instauration du Référendum d’initiative citoyenne (RIC), le tirage au sort d'assemblées citoyennes, et ainsi un renforcement du contrôle direct du peuple sur les décisions publiques.

Enfin, la souveraineté doit s’exercer sur la production elle-même, par la relocalisation des activités et le soutien à une agriculture paysanne, mais sans retomber dans le piège d’un capitalisme national. Il s’agit de faire en sorte que les moyens de production appartiennent aux travailleurs, que l’économie soit réorganisée autour des besoins sociaux et écologiques des territoires, et non des logiques de profit.

Évidemment, la souveraineté économique ne peut se limiter à la maîtrise monétaire ou à la socialisation des moyens de production car elle suppose aussi de produire effectivement, une création monétaire déconnectée de l’activité réelle conduit forcément à l’inflation et à la perte de valeur. Mais il ne s’agit pas pour autant de renouer avec un fétichisme de la marchandise[3], mais de produire ce qui est nécessaire, plutôt que de relancer aveuglément la machine productiviste. L’enjeu n’est pas de croître, uniquement de recentrer la production sur le terrain du bien commun, sur la satisfaction des besoins essentiels, sur la qualité plutôt que la quantité.

Ainsi la souveraineté, pour être complète, doit également reposer sur une identité commune. Comme le défend Emmanuel Todd avec son idée de souverainisme inclusif[4], il s’agit de rassembler les campagnes et les banlieues, de réconcilier les différentes composantes du peuple français autour d’un projet commun. Cela suppose de prendre en compte les revendications migratoires et sécuritaires exprimées dans les campagnes, tout en reconnaissant pleinement les citoyens issus de l’immigration, notamment les musulmans, comme des membres à part entière de la communauté nationale. C’est à cette condition que la souveraineté peut redevenir un vecteur d’unité et de cohésion, plutôt qu’un slogan creux ou un instrument de division.

C’est cela, la nécessaire souveraineté, loin des artefacts souverainistes et des simulacres de capitalisme national.

 

Nicolas Maxime


[1] Coralie Delaume, Nécessaire souveraineté, Michalon, 2021.

[2] Jacques Sapir, Faut-il sortir de l'euro ? , Le Seuil, 2012

[3] Karl Marx, Le Capital, Livre 1, Flammarion, 1867.

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