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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Vingt ans de normalisation : du 21 avril 2002 au macro-lepénisme

Le 21 avril 2002, stupéfaits, nous découvrions les visages des deux candidats qualifiés pour le second tour des élections présidentielles. Comme tant d’autres, on avait intégré que Jean-Marie Le Pen et son mouvement politique, le Front national, incarnaient le mal absolu. C’était un choc, une véritable déflagration. Nous ne pouvions accepter que ce parti, héritier des idées de Vichy, prenne le pouvoir et diffuse ses idées dans la société. De grandes manifestations furent organisées. La société civile était mobilisée. Le président sortant refusait de débattre avec son challenger, estimant qu’il existait un « cordon sanitaire » entre un parti républicain et le Front national.

Deux semaines plus tard, Jacques Chirac, le « tonton flingueur », était réélu face au père Le Pen avec un score de dictateur africain.

« Vous en avez assez de cette bande de racailles, hein ? Eh bien, on va vous en débarrasser », déclare le 27 octobre 2005 le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, après avoir précédemment affirmé vouloir nettoyer au Kärcher la cité des 4 000. Quelques jours plus tard, deux jeunes, Zyed et Bouna, meurent dans une centrale électrique pour avoir tenté d’échapper à la police, ce qui déclenchera les émeutes de banlieue de 2005.

Deux ans plus tard, ce même ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, deviendra président de la République, en droitisant fortement son discours et en reprenant des propositions chères à l’extrême droite. Il parvient à neutraliser « papy facho » Le Pen, qui ne réunit que 10 % des suffrages[1]. Pourtant, cinq ans plus tard, Nicolas Sarkozy est à son tour battu. La candidate du Front national en 2012, Marine Le Pen, obtient 18 % des voix[2]. Sarkozy a échoué à faire reculer l’extrême droite : au contraire, il a contribué à la faire progresser.

Puis arrive une série de clones de Nicolas Sarkozy, situés aussi bien à droite qu’au centre ou à gauche de l’échiquier politique, reprenant à leur compte les obsessions identitaires et sécuritaires de l’extrême droite :
– Éric Besson et son « grand débat sur l’identité nationale » ;
– Manuel Valls : « Tu peux me mettre un peu de white, un peu de blancos », à Évry ;
– Gérald Darmanin : « Vous êtes trop molle », lancé à Marine Le Pen ;
– Christophe Castaner : « Moi, je ne connais aucun policier, aucun gendarme, qui ait attaqué un manifestant », durant le mouvement des Gilets jaunes qui a pourtant compté une centaine de blessés graves et plusieurs dizaines d’éborgnés ;
– Gabriel Attal appelant à un « sursaut d’autorité.

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, les idées de l’extrême droite sont déjà au pouvoir. Les néoconservateurs de centre gauche et de centre droit n’ont cessé de reprendre à leur compte les thématiques chères au Front national devenu Rassemblement national : insécurité, immigration, islam. Dans le même temps, l’extrême droite n’a pas arrêté de normaliser et de policer son discours, jusqu’à fusionner dans ce que Todd appelle le « macro-lepénisme »[3], une forme de néolibéralisme autoritaire et identitaire.
En effet, il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre Gabriel Attal et Jordan Bardella. Nous sommes désormais dans un contexte de croisement et de syncrétisme entre un extrême centre « frontisé » et une extrême droite « normalisée ». Le cordon sanitaire a sauté.
Il suffit d’écouter les médias pour se rendre compte que la victoire du Rassemblement national serait présentée comme un moindre mal, et qu’il vaudrait mieux le RN que LFI. C’est désormais LFI qui est diabolisée. Certains de ces fameux commentateurs politiques, les mêmes qui criaient au loup, ne tarissent plus d’éloges à l’égard de Jordan Bardella, le « bébé Sarkozy ».

Désormais, le Rassemblement national, autrefois épouvantail du cirque médiatique, semble en position de prendre le pouvoir pour la première fois de son histoire, afin de poursuivre la politique de ses prédécesseurs.

 

Nicolas Maxime


[1] Ministère de l'Intérieur, « Résultats de l'élection présidentielle 2007 », résultats nationaux, 22 avril & 6 mai 2007.

[2] Ministère de l'Intérieur, « Premier tour de l’élection présidentielle 2012 », 26 avril 2012.

[3] Emmanuel Todd, La lutte des classes au XXIème siècle, Seuil, 2019.

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