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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Après le néolibéralisme : le « There is no alternative » et la nécessité d’une union populaire

Quarante ans de néolibéralisme auront quasiment achevé les valeurs collectives et le contrat social, au profit d’une société atomisée composée d’individus consuméristes aux identités multiples. « La société n’existe pas. Il n’y a que des individus », déclarait Margaret Thatcher — une formule devenue le credo implicite de l’époque[1].

Ce qui permettait autrefois de faire société et de créer un cadre commun — la Nation, la religion et le travail — est parvenu au stade zéro, pour reprendre l’expression d’Emmanuel Todd[2]. La France, comme d’autres pays dits développés, est ainsi tombée dans un nihilisme profond, marqué par la dissolution des repères collectifs et l’effritement du sens commun.

Les exemples récents ne manquent pas : les restrictions imposées durant la pandémie de Covid-19, la guerre menée contre la Russie au nom de la démocratie, le délitement des services publics dans un silence quasi funéraire, les revendications identitaires à la fois victimaires et réactionnaires, l’absence de perspectives crédibles face à la crise écologique, ou encore l’élection de dirigeants démagogues tels que Emmanuel Macron ou Giorgia Meloni, dont l’objectif central semble être l’exécution docile des injonctions des marchés financiers. Tous ces phénomènes ne font qu’exacerber la phase autodestructrice dans laquelle nos sociétés sont entrées.

Existe-t-il une alternative politique sérieuse permettant de refaire société, de reconstruire un espace de valeurs collectives partagées ?

En théorie, cette alternative devrait provenir de la gauche, qui a historiquement permis — notamment grâce à l’action des syndicats — la conquête de droits sociaux fondamentaux. Pourtant, depuis les années 1980, la gauche de gouvernement s’est ralliée à l’économie de marché. Cette gauche devenue majoritaire est celle du Capital : des sociaux-libéraux attachés au fédéralisme européen et à l’accumulation de droits-créances pour des minorités, davantage qu’à la question sociale. Pour les classes populaires confrontées au déclassement et à la précarisation, l’opposition gauche/droite a dès lors perdu toute signification, ce qui explique l’abandon massif de la gauche par ces électeurs.

Si l’on considère désormais le rapport à la mondialisation comme le nouveau clivage structurant, l’opposition semblerait se déplacer entre souverainistes et globalistes. Cela se vérifie d’autant plus que les États-nations délèguent une part croissante de leur souveraineté monétaire et économique à des institutions supranationales. La France, en particulier, se trouve soumise aux traités européens et aux règles budgétaires de l’Union européenne. Toutefois, cette lecture demeure largement théorique : la majorité des souverainistes défend en réalité un capitalisme gaullo-national nostalgique des années 1960, qu’il s’agisse de Nicolas Dupont-Aignan ou de Michel Onfray, pourtant classé à gauche.

En résumé, une impasse se dessine : les forces de gauche refusent de reconnaître que les politiques publiques s’inscrivent d’abord dans le cadre national, tandis que nombre de souverainistes se désintéressent totalement de la question sociale, quand ils ne partagent pas le même mépris pour les plus pauvres que la macronie.

Dans tous les cas, on assiste à des tentatives artificielles de recomposition politique — union de la gauche, rassemblement des souverainistes — qui partent des appareils et des stratégies d’alliance, plutôt que des aspirations populaires réelles.

Le fait qu’aucun parti — La France insoumise comprise — ne fasse du logement la priorité absolue, alors que plus de 4 millions de personnes sont mal logées et que 350 000 sont sans domicile fixe[3], constitue un symptôme majeur de la déconnexion des représentants politiques et militants d’avec les réalités des classes populaires. D’autant qu’il ne serait nullement nécessaire de sortir de l’Union européenne pour réquisitionner les logements vacants ou limiter drastiquement les locations de type Airbnb.

« There is no alternative », répétait encore Margaret Thatcher. Elle avait parfaitement compris qu’une fois les valeurs collectives mises en pièces par l’individualisme consumériste, toute alternative politique crédible deviendrait quasi impossible. Sa plus grande victoire fut sans doute d’avoir converti Tony Blair et le Parti travailliste britannique au néolibéralisme.

Seul un mouvement ne partant pas d’appareils d’apparatchiks, mais émanant véritablement du peuple, pourrait constituer une alternative viable. Une véritable union populaire entre campagnards et banlieusards, entre « beaufs » et « barbares » — pour reprendre l’expression d’Houria Bouteldja[4] — entre salariés de la production et agents du service public, afin de construire une France souveraine, sociale, écologique, solidaire et inclusive.

 

Nicolas Maxime


[1] Discours de lors de la Conférence du Parti conservateur, Brighton, 10 octobre 1980. 

[2] Emmanuel Todd, La Défaite de l’Occident, Gallimard, 2024.

[3] Fondation Abbé Pierre, L’état du mal-logement en France — 28 rapport annuel, 2023.

[4] Houria Bouteldja, Beaufs et barbares, le pari du nous, La Fabrique, 2023.

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