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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le mythe de l’assistanat : comment le néolibéralisme retourne les classes populaires contre elles-mêmes

Si Emmanuel Macron parvient à mettre en œuvre aussi facilement des réformes antisociales — telles que la diminution de la durée d’indemnisation du chômage ou le conditionnement du RSA à des activités professionnelles —, c’est aussi parce qu’il bénéficie d’un écho réel au sein de la population.

Ainsi, 54 % des personnes interrogées se déclarent favorables à un durcissement des règles de l’assurance chômage[1]. Parmi elles figurent évidemment l’électorat bourgeois et boomer de Macron, mais aussi une partie de l’électorat de Marine Le Pen. Ces ouvriers, employés et petits patrons, dont les revenus sont à peine supérieurs au SMIC, estiment payer trop de taxes et de charges pour « entretenir l’assistanat ».

Le discours néolibéral du mythe de l’assistanat a ainsi parfaitement fonctionné. Il a fait croire aux travailleurs précaires que les véritables profiteurs du système seraient les bénéficiaires des minima sociaux — ceux pour lesquels ils contribueraient largement — et non les plus riches, qui échappent en grande partie à l’impôt. Une partie des Français est désormais convaincue que si les pauvres sont pauvres, c’est de leur faute : ils ne feraient pas suffisamment d’efforts pour chercher un emploi ou pour s’en sortir, compteraient trop sur les aides sociales. En somme, l’« assistanat » des pauvres serait responsable de leur situation, qu’ils soient Français « de souche » ou immigrés.

Il s’agit là d’une grande inversion des valeurs opérée par l’idéologie néolibérale. La performance, la compétitivité, la rentabilité, la responsabilité individuelle et la réussite ont imprégné l’ensemble de la société — classes populaires comme classes moyennes — ainsi que tout le spectre politique, de droite comme de gauche. On envie les riches, on glorifie leur mode de vie, on nous raconte des récits édifiants sur leur talent prétendument hors norme qui les aurait menés au sommet. Certains jeunes aspirent même à devenir influenceurs et à embrasser le mode de vie des exilés fiscaux à Dubaï.

Dans une société devenue profondément égocentrique, où les valeurs collectives se sont largement éteintes, il n’y a plus de place pour l’autre, surtout lorsqu’il a échoué. On cherche alors des responsables. Incapables de se mobiliser et de se défendre collectivement, les pauvres deviennent le bouc émissaire idéal. Ils ne peuvent dès lors qu’être rejetés, exclus, montrés du doigt dans les médias et sur les réseaux sociaux comme les coupables désignés.

Il n’est pas possible d’éradiquer la pauvreté dans une société néolibérale. Le néolibéralisme a structurellement besoin des pauvres : leur existence permet de justifier l’échec comme relevant uniquement des trajectoires individuelles. « Si tu n’as pas travaillé à l’école, tu deviendras SDF et dormiras sous un pont. »

Tant que nous ne parviendrons pas à démystifier le mythe de l’assistanat et à faire comprendre aux classes populaires et moyennes — celles qui gagnent plus de 1 500 euros — que ce n’est pas la faute de plus pauvres qu’eux s’ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts, que le problème ne vient pas de ceux qui survivent avec une aumône de 600 euros, mais du système économique lui-même — le capitalisme néolibéral, qui exploite l’ensemble du travail pour garantir une rente à 1 % de la population —, toute alternative politique restera vaine.

 

Nicolas Maxime


[1] Assurance chômage : 54 % des Français favorables à la réforme de Gabriel Attal selon un sondage, La Dépêche du Midi, 4 avril 2024 — sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro.

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