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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Qui est encore Charlie ?

En 2015, après les attentats, il fallait obligatoirement être « Je suis Charlie » au nom de la liberté d’expression, sous peine d’être qualifié d’« islamo-gauchiste », voire carrément soupçonné de complaisance, sinon de collaboration, avec les terroristes. L’injonction morale ne souffrait aucune nuance : l’adhésion était totale ou elle n’était pas. Toute distance critique devenait suspecte.

Pourtant, Emmanuel Todd[1] avait très tôt analysé les ressorts profonds de ce qu’on pourrait appeler le « charlisme » — pour reprendre l’expression forgée par Benoît Girard[2]. Il en décrivait la sociologie précise : une classe moyenne relativement âgée, majoritairement diplômée, européiste, culturellement dominante et profondément marquée par une islamophobie diffuse. Loin d’un sursaut populaire unanime, le « charlisme » apparaissait ainsi comme l’expression d’un bloc social spécifique, porteur d’une morale abstraite et d’un universalisme à géométrie variable. Bref, une forme de néoconservatisme à la française, drapée dans les habits de la liberté d’expression.

Près de dix ans plus tard, les masques tombent. La couverture crasse et glauque d’un fait divers pourtant marquant et tragique — le meurtre d’un enfant — agit comme un révélateur brutal. Là où l’on prétendait défendre un principe universel, on observe désormais une instrumentalisation obscène de la souffrance, une hiérarchisation implicite des vies et des émotions, et une fascination morbide pour le fait divers lorsqu’il sert un agenda idéologique.

La liberté d’expression, autrefois brandie comme un étendard sacré, semble aujourd’hui s’effacer derrière le sensationnalisme, la stigmatisation et l’exploitation des peurs. Le consensus moral de 2015 se fissure, révélant ce qu’il recouvrait : moins une défense intransigeante des libertés qu’une opération symbolique de rassemblement identitaire et de désignation d’ennemis.

Dès lors, la question se pose, plus que jamais : qui est encore Charlie ?

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse, Seuil, 2015.

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