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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Trois blocs électoraux : Tête, Main et Cœur

Excellente analyse de Jérôme Fourquet[1], elle-même transposée par David Goodhart[2], pour comprendre la sociologie électorale des trois blocs politiques contemporains : Renaissance, LFI et RN.

« Dans son dernier livre, l’essayiste britannique définit une segmentation entre les métiers et les fonctions de la Tête, de la Main et du Cœur. La Tête renvoie aux fonctions de direction et à l’encadrement et regroupe ce que Goodhart appelle la classe cognitive, qui a fait de longues études. Les métiers de la Main recouvrent les activités d’exécution et/ou nécessitant une habileté physique ou manuelle. Le Cœur rassemble, quant à lui, les métiers du soin, du social et de l’éducation, qui mobilisent davantage la propension à l’empathie. »[3]

Les métiers de la Tête regroupent ainsi les activités à forte valeur ajoutée — finance, marketing, communication, management — mais aussi les professions de l’expertise : gestion, comptabilité, informatique. Les métiers de la Main rassemblent principalement les ouvriers et les employés, ainsi que les contremaîtres et les petits patrons. Les métiers du Cœur concernent essentiellement les enseignants, les soignants et les travailleurs sociaux, mais également les professions de l’information et de la culture.

Schématiquement, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon sont ceux dont les professions sont les plus exposées aux problèmes sociaux ; ceux qui ont voté pour Emmanuel Macron sont davantage issus des catégories qui estiment subir une pression fiscale élevée ; tandis que les électeurs de Marine Le Pen sont majoritairement issus des professions les plus confrontées au déclassement économique et symbolique.

Cette grille de lecture ne constitue toutefois pas une généralité mécanique. La réalité électorale demeure plus complexe, car des regroupements catégoriels spécifiques peuvent infléchir les comportements de vote. Ainsi, un travailleur indépendant en situation de surendettement peut se tourner vers Mélenchon, tandis qu’une infirmière vivant en zone rurale peut glisser un bulletin Le Pen dans l’urne.

On peut néanmoins conclure que la sociologie électorale des élections présidentielles est largement structurée par une tripartition socioprofessionnelle entre métiers de la Tête, de la Main et du Cœur. Trois groupes électoraux se dégagent ainsi, au sein desquels coexistent des catégories socioprofessionnelles aux motivations sociales et économiques distinctes — précarité, fiscalité et déclassement —, ces frontières restant toutefois perméables selon le niveau de revenus, l’âge ou le lieu de résidence.

 

Nicolas Maxime


[1] Jérôme Fourquet, La France d’après, Seuil, 2023.

[2] David Goodhart, Tête, main, cœur : La lutte pour la dignité et le statut au XXI siècle, Paris, Les Arènes, 2020.

[3] Jérôme Fourquet, La France d’après, Seuil, 2023.

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