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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Le mythe de la menace RN : une droite néolibérale comme les autres, l’identitaire en plus

Il faut se rendre à l’évidence : la menace du Rassemblement national, brandie à chaque élection comme un chiffon rouge, n’en est plus réellement une. Le RN n’a désormais plus grand-chose à voir avec le parti fondé en 1972 par d’anciens membres de l’OAS, des vichystes et des ex-Waffen SS.

Il suffit d’observer l’attitude de ses cadres — son président, Jordan Bardella, en tête — pour constater que le RN s’est profondément normalisé. Ainsi, ce dernier affirme sans détour que « la Politique agricole commune, c’est mieux que rien […] ce n’est pas l’idéal, mais ça va dans le bon sens », et qu’il faut désormais « changer les choses de l’intérieur »[1]. En somme, surtout ne rien bouleverser et s’adapter au cadre existant.

Il n’est pas nécessaire d’être amateur de séries de fiction pour comprendre qu’une fois au pouvoir, le RN mènerait sensiblement la même politique économique et sociale que Renaissance — l’argument identitaire en supplément. Après quelques mesurettes pseudo-sociales destinées à donner le change, Marine Le Pen et son entourage, confrontés au mur de la dette publique, à la pression des marchés financiers et aux contraintes de l’Union européenne, abandonneraient rapidement leurs promesses. Comme leurs prédécesseurs, ils chercheraient alors des marges de manœuvre en taillant dans les services publics et en réduisant les prestations sociales.

Pour connaître la véritable politique sociale du RN, il suffit d’examiner son bilan local. Loin des discours lénifiants à destination des classes populaires, le RN n’a jamais mené de politiques favorables aux plus pauvres. Pire encore, lorsqu’il a dirigé des municipalités, il a systématiquement appliqué des politiques contre les pauvres : gel des subventions aux associations et aux centres sociaux, suppression de la gratuité des cantines pour les familles modestes, restriction des heures de garderie aux seuls parents en emploi. C’est ce qu’a analysé le sociologue Denis Colombi dans son ouvrage Où va l'argent des pauvres : « Aussi longtemps que les pauvres restent une figure idéale -française et blanche qui plus est- le Rassemblement National veut bien être de leur côté. Mais dès qu'il faut agir véritablement, il trouvera toutes les raisons du monde pour ne pas le faire. Ainsi, les parents au RSA ou dont l'un est sans emploi seront supposés devoir venir chercher leur enfant à l'école plutôt que de le laisser à la cantine, qu'importe les démarches pour trouver un emploi -on soupçonne qu'ils n'en recherchent pas vraiment, bien sûr- ou la santé des enfants-qui n'avaient qu'à ne pas naître dans des familles sans le sou, après tout-. Venir en aide aux pauvres ? Oui, mais... pas aux immigrés et à leurs descendants supposés, ni aux assistés, ni aux chômeurs... Au final, sans doute à personne. »[2]

Sous couvert de lutte contre « l’assistanat », le RN a toujours mené une politique de stigmatisation et d’exclusion sociale.

Sur le plan sécuritaire, Renaissance est déjà allé très loin, avec la loi antiterroriste de 2017, la loi anticasseurs de 2019 et la loi Sécurité globale de 2021. Il est donc difficile d’imaginer comment le RN pourrait aller plus loin encore dans une logique liberticide.

Tout au plus tenterait-il de durcir la politique migratoire. Mais là encore, rien n’interdit de penser que le RN suivrait une trajectoire similaire à celle de Giorgia Meloni, en ouvrant largement la porte à une immigration économique choisie afin de répondre aux besoins du patronat.

Ne resterait alors que la dimension symbolique et identitaire : un retour fantasmé vers un passé où il aurait fait bon d’être Français. Marine Le Pen agiterait le drapeau tricolore en expliquant qui est un « vrai » Français et quel devrait être le mode de vie légitime dans le pays. C’est précisément dans cette surenchère néoconservatrice que le RN deviendrait le plus dangereux : en fracturant davantage les classes populaires, dans une logique de « guerre froide civile ».

Ce n’est donc pas en criant au loup que l’on fera reculer le vote RN dans les classes populaires, mais en démontrant que ce parti, loin de défendre leurs intérêts, ne constitue qu’une énième déclinaison du néolibéralisme, assortie d’un habillage identitaire.

 

Nicolas Maxime


[1] Jordan Bardella a affirmé que « la Politique agricole commune, c’est mieux que rien […] ce n’est pas l’idéal, mais ça va dans le bon sens» et que le RN entendait « changer les choses de l’intérieur» plutôt que de rejeter en bloc la PAC. Cette déclaration illustre la stratégie de normalisation du parti sur des enjeux européens clés. — Euractiv, Jordan Bardella veut changer la politique agricole européenne de l’intérieur, 26 février 2024.

[2] Denis Colombi, Où va l’argent des pauvres ? Fantasmes politiques, réalités sociologiques, Payot, 2020.

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