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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Nouvelle-Calédonie : deux peuples, un destin commun

Les accords de Matignon en 1988, puis les accords de Nouméa en 1998, avaient consacré la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie et un « destin commun » par la reconnaissance de l’identité kanak et la construction d’un lien social entre les communautés. Ces accords ont permis d’apaiser les tensions pendant quelques années. Cependant, les disparités socio-économiques entre Kanaks et Caldoches n’ont cessé de persister, faute d’une véritable volonté politique. Selon Les Echos, le taux de chômage des Kanaks atteignait 15,3 % en 2022, contre 8,3 % pour les non-Kanaks, y compris à niveau de diplôme équivalent. Ils sont également davantage concernés par le temps partiel subi (72 % contre 59 %) et très largement sous-représentés dans les postes à responsabilité du secteur privé (3 % de cadres contre 13 % chez les non-Kanaks)[1]. Force est de constater que la décolonisation n’a pas eu lieu.

Vingt-six ans plus tard, après trois référendums qui ont consacré le maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la France — dont le dernier fut largement boycotté et contesté par les indépendantistes[2] — le gouvernement n’a pas eu de meilleure idée que de mettre en œuvre un projet de loi constitutionnelle visant à élargir le corps électoral pour les élections provinciales à tous les natifs et aux personnes justifiant d’au moins dix ans de résidence en Nouvelle-Calédonie. Ajoutons à cela la nomination de la « loyaliste » Sonia Backès comme secrétaire d’État, ainsi que la chute du cours du nickel, qui a entraîné de lourdes difficultés économiques : il n’en fallait pas plus pour allumer la mèche. Un sentiment d’injustice et de colère a alors mené à un mouvement de révolte sans précédent.

WarX, Flag of FLNKS, domaine public, Wikimedia Commons.

Bien entendu, il ne s’agit en aucun cas de légitimer les violences et les pillages, ni même d’aller vers l’indépendance — celle-ci n’étant pas souhaitée par la majorité — mais de comprendre et de reconnaître les aspirations légitimes d’un peuple : le peuple kanak, qui ne veut pas disparaître, car la réforme constitutionnelle le rendrait minoritaire sur sa propre terre.

Au lieu de vouloir passer en force, le gouvernement ferait mieux de renouer le dialogue en retirant son projet de loi, d’achever le processus de décolonisation en mettant fin aux inégalités sociales entre Kanaks et Caldoches, et de reconnaître des droits collectifs aux Kanaks en tant que peuple autochtone.

Deux peuples pour une île, en espérant que ce destin commun n’ait pas été anéanti.

 

Nicolas Maxime


[1] Les Échos, Nouvelle-Calédonie : quatre indicateurs des fractures de la population, 17 mai 2024.

[2] France Info, La Nouvelle-Calédonie vote « non » à l’indépendance à plus de 96 % des voix après le dépouillement de près de 90 % des bulletins, 12 décembre 2021.

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