Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Paléo-conservatisme et néoconservatisme

Quand on s’intéresse au conservatisme, il est pertinent de distinguer le paléo-conservatisme du néoconservatisme.

Ainsi, aux États-Unis, à la fin des années 1990, ce nouveau courant a émergé en revendiquant son affiliation avec le conservatisme originel. Tandis que le néoconservatisme affirme un interventionnisme militaire au nom de la démocratie contre des ennemis désignés (à savoir les pays ex-communistes ou musulmans), une politique économique néolibérale axée sur le libre-échange — pouvant toutefois devenir keynésienne en période de crise —, un soutien inconditionnel à l’État d’Israël, ainsi que la promotion de valeurs libérales et multiculturalistes, le paléo-conservatisme met en avant l’isolationnisme, le libertarianisme, le protectionnisme, la défense de l’identité américaine et des valeurs familiales et traditionnelles.

S’il existe des points communs entre ces deux courants — qui s’opposent l’un comme l’autre à l’assistanat, à l’immigration et à l’intersectionnalité —, ces oppositions reposent sur des motivations différentes. Ainsi, les néoconservateurs s’en prennent aux bénéficiaires des aides sociales au nom d’une rationalité morale (ce qui les rapproche des néolibéraux, qui le font pour des raisons de rationalité économique) : « Pour toucher des aides, il faut les mériter ». Les paléo-conservateurs, quant à eux, s’opposent à l’État-providence en considérant que leurs impôts ne doivent en aucun cas servir à financer des aides sociales.

Les néoconservateurs sont issus de la gauche américaine qui, à la fin des années 1970, s’est ralliée au Parti républicain. Il s’agit majoritairement d’élites américaines blanches.

Les paléo-conservateurs, eux, sont principalement composés de ruraux blancs, d’évangéliques et de libertariens. La chanson country d’Oliver Anthony, Rich Men North of Richmond, a connu un succès considérable dans les États du Sud[1]. En France, Tatiana Ventôse en a proposé une lecture y voyant une ode aux producteurs, alors même que le texte défend explicitement une vision libertarienne — peut-être s’agit-il d’une manière implicite pour la vidéaste d’opérer sa propre mue idéologique[2].

Voici ce que dit le texte en question :

« Et des obèses qui se gavent d’aides sociales

Dieu, si tu mesures 1,60 m et pèses 136 kilos

Les impôts ne devraient pas payer tes sacs de sucreries

Des jeunes se collent six pieds sous terre

Car ce foutu pays n’arrête pas de les écraser. »

Existe-t-il un paléo-conservatisme à la française ? S’il existe bel et bien, intellectuellement et politiquement, un néoconservatisme français — incarné notamment par Bernard-Henri Lévy, Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut, Manuel Valls, Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy et même Jordan Bardella —, il est plus difficile d’identifier des figures françaises du paléo-conservatisme.

Marine Le Pen ou Éric Zemmour relèvent davantage d’un national-populisme que d’un paléo-conservatisme à proprement parler. Il en va de même pour Donald Trump, pourtant plébiscité par ce courant, mais qui n’en incarne pas la version doctrinale pure. Seul Laurent Obertone, écrivain polémiste, semble répondre aux critères du paléo-conservatisme. Quant à Javier Milei, il pourrait bien être aujourd’hui la figure politique la plus représentative de ce courant à l’échelle mondiale.

Quoi qu’il en soit, l’émergence du paléo-conservatisme remet en question la thèse de Jean-Claude Michéa, qui lie socialisme et respect des traditions, puisque ces conservateurs rejettent aussi bien l’État que le collectivisme[3]. Cela montre que le socialisme n’est ni progressiste ni conservateur : il est révolutionnaire.

 

[1] Rich Men North of Richmond est une chanson qui aborde des thèmes socio-économiques (salaires bas, fiscalité, aides sociales, critiques des élites) et qui a été réinterprétée dans le débat public américain comme une sorte d’hymne populiste ou libertarien, même si l’artiste lui-même a rejeté cet enfermement dans un camp politique.

[2] Tatiana Ventôse, CETTE CHANSON QUI DIVISE L’AMÉRIQUE PARLE AUSSI ... (analyse de Rich Men North of Richmond), vidéo YouTube, publiée sur la chaîne Tatiana Ventôse, consultée en ligne.
https://www.youtube.com/watch?v=deveCk7TWgs

[3] Jean-Claude Michéa, L’Empire du moindre mal, Climats, 2007.

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article