Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Après avoir déjà pris fait et cause pour l’industrie pornographique, le Rassemblement national franchit un pas supplémentaire vers la marchandisation des corps en proposant désormais de rouvrir les maisons closes. Il y a là quelque chose d’assez ironique, voire presque cocasse, lorsqu’on constate que ce parti habituellement présenté comme réactionnaire, avec un discours prétendument moral et conservateur, opère sous nos yeux une véritable mue libérale-libertaire.
En se positionnant pour la réouverture de structures dont l’histoire a largement montré les effets d’exploitation, le RN se range sans complexe du côté d’une logique où le corps devient un bien marchandisable comme un autre. Le parti prétend défendre l’ordre, la sécurité et les « valeurs », mais se fait soudain le promoteur de la légalisation de la prostitution et d’un libéralisme des pulsions, que l’on croyait réservé à d’autres formations politiques.
Qu’un parti revendiquant une identité « anti-1968 », hostile à la libéralisation des mœurs, en vienne à défendre la marchandisation des corps — pornographie, prostitution… — en dit long sur ses contradictions idéologiques. On ne serait d’ailleurs pas étonné que, dans un avenir plus ou moins proche, le RN en vienne à se positionner en faveur de la GPA, tant la pente idéologique qu’il emprunte désormais semble l’y conduire tout naturellement. Une bonne partie de ses députés se dit déjà favorable à l’euthanasie, ce qui montre bien que le parti n’hésite plus à s’aligner sur des positions autrefois honnies par ce même mouvement.
Peut-être même révèle t-il ce que d’aucuns décrivent depuis longtemps car derrière la façade pseudo-traditionnaliste, le RN n’échappe pas à la dynamique du capitalisme néolibéral, qui dissout les frontières morales dès lors qu’un marché peut émerger. En somme, ce qui se joue ici dépasse largement la question de la prostitution : c’est la démonstration que le RN, loin d’être un rempart contre l’ultralibéralisme qu’il dénonce, en adopte les logiques dès lors qu’elles servent sa stratégie politique. Et c’est bien cela qui devrait nous inquiéter.
Nicolas Maxime