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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Travailler plus sans produire plus (et en gagnant moins)

Le gouvernement Bayrou propose de monétiser la 5 semaine de congés payés, c'est une nouvelle étape dans le démantèlement de nos droits sociaux. Cette 5 semaine a été mise en œuvre en 1982 pendant le premier mandat de François Mitterrand et fut obtenue à la suite de luttes ouvrières et syndicales. Cet acquis social symbolise une ère où le rapport de force était encore favorable au travail, avant que les politiques néolibérales ne deviennent la norme.

Selon le gouvernement, la monétisation de cette semaine de congés permettrait à la fois d'augmenter le pouvoir d'achat et de travailler plus. Ainsi, les Français ne seraient pas des férus de travail alors même que leur temps de travail moyen serait de 36.9 heures, bien au-dessus de l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas[1].

Faut-il encore répéter qu’allonger indéfiniment le temps de travail ne remplit pas les carnets de commandes et ne fera pas entrer plus d'argent dans les caisses publiques ? Travailler plus alors que l’activité stagne revient à croire que l’offre crée sa propre demande. C’est un raisonnement à l’envers : ce n’est pas le temps de travail qui crée l’activité, c’est l’activité qui justifie le temps de travail. Or il ne peut y avoir d’activité supplémentaire sans gains de production et sans relance de la demande au préalable.

Pour produire plus, encore faudrait-il relocaliser la production et stimuler la commande publique, ce qui demande d'accroître la part des investissements dans le budget de l'Etat. C’est seulement dans ce cadre qu’une éventuelle augmentation du temps de travail pourrait avoir un sens économique — et non comme une rustine consistant à travailler plus pour combler des trous budgétaires (soi-disant en passant, un contresens économique). Le secteur de l'industrie a perdu plus de 2 millions d’emplois depuis 1980[2]. La semaine de congés payés monétisée ne remplacera jamais les usines fermées.

En fait, la monétisation de cette 5 semaine de congés va surtout organiser une mise en concurrence des travailleurs et mettre une pression implicite sur celles et ceux qui préféreraient choisir de rester au repos. Elle va freiner toute dynamique de hausse des salaires en substituant des heures payées à bas coût à de véritables négociations salariales. Pire encore, les employeurs pourraient être également tentés de faire travailler plus leurs salariés au détriment d’embauches supplémentaires, aggravant à terme la précarité et le chômage.

Les Français n’ont pas besoin qu’on leur monétise une semaine de repos ou qu’on leur supprime deux jours fériés. Ils y sont viscéralement attachés parce que ces droits sociaux sont le fruit de décennies de luttes collectives. Ce que veulent les travailleurs, ce sont de meilleures conditions de travail, des salaires décents, des emplois stables et un vrai projet productif. Ce dont la France a besoin, c’est d’une politique industrielle ambitieuse, d’une relocalisation de pans entiers de l’économie, d'une planification économique — en somme, de redevenir souverains — pas d’un gouvernement qui va provoquer l'épuisement de celles et ceux qui tiennent encore ce pays debout.

Bien entendu, cela suppose de rompre avec le carcan des institutions supranationales comme l’Union européenne, de reprendre la main face aux multinationales et aux marchés financiers, et de réinventer un modèle économique pour sortir enfin du capitalisme néolibéral.

Car on ne gagnera rien à travailler plus si l’on ne produit pas davantage.

 

Nicolas Maxime


[1] INSEE, Durée et organisation du temps de travail, mise à jour 2023.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/4277664.

[2] France Stratégie, Industrial policies in France: developments and challenges, note de synthèse, 25 janvier 2025 — depuis 1980, les branches industrielles ont perdu presque la moitié de leurs emplois, soit environ 2,2 millions d’emplois.

 

 
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