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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

748 milliards d’euros : les néolibéraux cherchent à privatiser les dépenses de santé, d'éducation et de retraites

748 milliards d’euros. C’est ce que représentent, additionnées, les dépenses publiques liées à l’Éducation nationale, à l’enseignement supérieur, à l’assurance maladie et aux pensions de retraite. Ces dépenses sont socialisées et financées soit par l’impôt, soit par les cotisations sociales. Elles représentent environ 30 % du PIB[1].

Le but, à terme, des néolibéraux est de mettre la main sur ces dépenses en transférant cette charge collective vers les marchés financiers. C’est la raison pour laquelle il y a eu la réforme des retraites. Cela explique également pourquoi les secteurs de l’éducation et de la santé sont chroniquement sous-financés. En allongeant l’âge de départ à la retraite et en diminuant les pensions par répartition, on ouvre la voie à la capitalisation et aux fonds de pension, notamment en facilitant l’accès aux PER (plans d’épargne retraite). En privant l’hôpital public, l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur de moyens matériels, financiers et humains, on prépare méthodiquement leur privatisation.

Les néolibéraux expliqueront que la retraite par répartition aurait échoué, car le système serait devenu trop coûteux, qu’il faudrait toujours davantage reculer l’âge de départ ou diminuer les pensions et qu’il conviendrait donc, in fine, de basculer vers un système par capitalisation. Ils affirmeront également que la Sécurité sociale est un modèle d’après-guerre dépassé, qu’il faudrait « moderniser » le secteur de la santé pour en assurer la « pérennité » (novlangue bien rodée), et citeront en exemple la Suisse et ses assurances privées pour parvenir à leurs fins.

Ils feront de même avec l’Éducation nationale et l’enseignement supérieur, en expliquant que les établissements privés fonctionneraient mieux, que les élèves issus du privé seraient plus respectueux et réussiraient davantage que ceux du public. Enfin, ils tenteront de faire croire que l’allocation des ressources serait plus efficace par le biais des marchés.

Pour éviter que les plus pauvres ne sombrent complètement, ils maintiendront une politique du chèque et des allocations SOUS CONDITIONS DE RESSOURCES : chèques santé, chèques éducation, bourses au mérite, minimum vieillesse, etc.[2] Cette logique divisera encore davantage la population et renforcera, chez une partie des travailleurs, le sentiment de toujours travailler pour les autres. On entendra alors, sur certains plateaux télévisés, des éditorialistes expliquer que « les enfants des assistés » vont gratuitement à l’école.

Ils seront, de surcroît, aidés dans leur entreprise par les soi-disant partis d'extrême droite, alliés naturels du néolibéralisme dès lors qu’il s’agit de dépecer la protection sociale et les services publics.

Certains qualifieront cette analyse de complotiste, niant l’existence d’une convergence d’intérêts entre gouvernements et marchés financiers. Pourtant, un ancien président de la République avait parfaitement perçu les choses, bien qu’il y ait lui-même contribué. François Mitterrand aurait ainsi déclaré :

« Ils s’en prendront aux retraites, à la santé, à la Sécurité sociale, car ceux qui possèdent beaucoup veulent toujours posséder plus et les assurances privées attendent de faire main basse sur le pactole. Vous vous battrez le dos au mur. »[3]

Et pourtant, il n’y a pas de fatalité. Ce scénario de privatisation de la Sécurité sociale, des retraites et de l’éducation n’est pas inéluctable. Au lieu de s’écharper sur des sujets secondaires, nous devrions essayer de nous rassembler pour écrire une ou plusieurs alternatives à ce scénario. Comme l'ont fait ceux qui ont créé la Sécurité Sociale lors du Conseil National de la Résistance.

 

Nicolas Maxime


[1] Le montant de 748 milliards d’euros correspond à la somme des dépenses publiques et sociales affectées aux quatre piliers du modèle social français pour l'exercice 2022. Ce total représente 28,3 % du PIB (PIB 2022 : 2 639 Mds €), soit près d'un tiers de la richesse nationale consacrée à la protection sociale et à la formation des citoyens. 748 Mds € (soit 28,3 % du PIB 2022) = 353,0 Mds € (Retraites) + 242,2 Mds € (Assurance Maladie - ONDAM) + 110,0 Mds € (Éducation) + 42,8 Mds € (Enseignement Supérieur).

[2] Cette stratégie de substitution des services publics par des aides ciblées s'appuie sur les thèses de Milton Friedman développées dans Capitalisme et Liberté (1962).

[3] Citation attribuée à François Mitterrand lors d'un Conseil des ministres de 1993, rapportée par Ségolène Royal dans son discours de Jarnac le 8 janvier 2011.

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