Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
On parle souvent de la progression de l’islam porté par les vagues d’immigration successives ainsi que par les conversions de jeunes de banlieue non musulmans, mais c’est sans oublier que la religion qui gagne le plus de terrain en France et dans le monde est le protestantisme évangélique.
On compterait en France environ 745 000 fidèles évangéliques, regroupés dans près de 2 500 à 2 700 lieux de culte, avec une dynamique d’implantation soutenue, puisqu’une nouvelle Église verrait le jour environ tous les dix jours selon le Conseil national des évangéliques de France (CNEF)[1].
Comment expliquer ce succès ? Tout d’abord, comme d’autres dynamiques religieuses, les évangéliques s’appuient sur des flux migratoires, notamment en provenance d’Afrique subsaharienne (RDC, Congo, Côte d’Ivoire, Cameroun…) ou au sein de certaines communautés comme les populations roms. Ils disposent également de ressources financières importantes, notamment via la pratique de la dîme, qui consiste pour les fidèles à verser une part de leurs revenus à leur Église[2].
Par ailleurs, la conversion occupe une place centrale avec l’idée de « born again » (nouvelle naissance), en référence à la résurrection de Jésus-Christ. Le libre choix de la conversion, associé à des formes de culte modernisées (guitares, louanges pop, rap), peut contribuer à attirer un public plus jeune et populaire, qui ne se retrouvent plus dans les formes traditionnelles du catholicisme.
Le protestantisme évangélique peut également répondre à une recherche de sens, de lien social et de communauté dans des sociétés marquées par l’individualisme néolibéral. Le prosélytisme y est souvent valorisé comme une mission religieuse, contribuant à la diffusion du mouvement.
Aujourd’hui minoritaire en France, ce courant pourrait poursuivre sa croissance dans les années à venir, s’inscrivant dans une dynamique mondiale plus large de recomposition des pratiques religieuses et des formes de spiritualité.
Nicolas Maxime
[1] Conseil national des évangéliques de France (CNEF), Cartes et statistiques des Églises évangéliques en France, édition 2023.
[2] La dîme est une contribution religieuse correspondant traditionnellement à un dixième des revenus ou de la production, versée à une Église ou à une organisation religieuse.