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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Accord UE-Mercosur : l’impuissance face au néolibéralisme

On peut sans doute continuer à appeler cela « mondialisme », « globalisme » ou quelque autre dénomination, comme si le choix du mot pouvait encore dissimuler la réalité de ce dont il est question, à savoir le NÉOLIBÉRALISME, non plus comme doctrine idéologique, mais comme organisation irréversible du monde, inscrite dans les traités, les infrastructures et les dispositifs juridiques qui rendent toute décision politique locale à la fois hypermédiatisée et impuissante.

Car ce que l’accord UE-Mercosur vient entériner, avec l’opacité technocratique qui caractérisent désormais le pouvoir réel, c’est la continuité d’un processus engagé de longue date, dont les racines remontent bien au-delà de Bruxelles, jusqu’à David Ricardo et à cette théorie fumeuse des « avantages comparatifs », par laquelle le capitalisme a commencé à penser le monde comme un espace homogène d’échanges abstraits, indifférent aux sociétés et aux écosystèmes, pourvu que les flux y circulent librement et que les coûts des marchandises permettent de maximiser le taux de profit des entreprises[1].

La mondialisation financière n’est donc pas une évolution récente, mais la logique interne du capitalisme arrivée au stade de maturité, dont l’Union européenne est l’instrument juridique le plus abouti, précisément parce qu’elle a réussi à soustraire les choix économiques fondamentaux à toute délibération démocratique, en les inscrivant dans un droit supérieur, verrouillé, quasi constitutionnel, où les peuples peuvent encore voter sans jamais pouvoir défaire ce qui a été décidé en leur nom.

Dans ce cadre, Emmanuel Macron a beau jeu de ne pas signer, l'accord sera ratifié quoi qu'il fasse car désormais la France, en tant qu’entité politique autonome, n’a plus la capacité juridique de s’y opposer. Tout cela tient encore du pur spectacle parce qu’il met en scène une souveraineté qui n’existe plus, un pouvoir de décision qui a été méthodiquement transféré ailleurs.

C’est précisément ce point que ne parviennent pas non plus à saisir — ou qu’ils refusent de saisir — nombre d’agriculteurs mobilisés, dont la colère est parfaitement légitime et les revendications fondées, mais dont l’horizon politique demeure tragiquement contraint par l’illusion qu’il suffirait de bloquer les Champs-Élysées et le périphérique pour que, par quelque opération magique, les normes, les traités, les mécanismes de la PAC et les accords de libre-échange puissent être suspendus ou annulés à l’intérieur même du cadre qui les produit. Or ce cadre est précisément ce qui rend ces politiques inévitables en subventionnant d’une main ce qu’il détruit de l’autre, en compensant les ravages qu’il organise lui-même par des aides conditionnelles, tout en ouvrant sans cesse davantage les marchés à une concurrence mondiale destructrice pour l'agriculture et la souveraineté alimentaire. Ce sont cela les effets du NÉOLIBÉRALISME dont David Cayla donne la définition suivante : « Le néolibéralisme est une doctrine selon laquelle ce qui est au cœur de l’organisation sociale, ce sont les prix de marché en concurrence, et le rôle de l’État est de permettre à ces marchés de fonctionner correctement afin que ces prix organisent la société »[2].

DylanFR64, Agriculteurs de la Coordination rurale devant l’Arc de Triomphe dans la nuit du 8 au 9 janvier 2026, photographie, Wikimedia Commons, licence Creative Commons Attribution 4.0.

La contradiction éclate alors dans toute sa splendeur au sein même des organisations majoritaires du monde agricole, à commencer par la FNSEA, qui exige simultanément la dérégulation, la compétitivité, l’alignement sur les marchés mondiaux, la baisse des contraintes environnementales, et EN MÊME TEMPS, le protectionnisme et des aides que seul un État souverain, affranchi des traités européens et des dogmes néolibéraux, serait en mesure d’assurer durablement. On ne peut pas vouloir le marché mondial et s’indigner de ses conséquences, pas plus qu’on ne peut défendre un système qui organise la disparition des producteurs tout en réclamant qu’il les sauve.

Pendant ce temps, dans ces territoires périurbains et ruraux que le néolibéralisme a transformés en zones fonctionnelles où il n’y a plus un service public à moins de 30 km à la ronde, on continue pourtant de parler de mondialisation heureuse tandis que la société du spectacle s’emploie à capter l’attention sur les formes visibles de la contestation, laissant ainsi de côté la seule véritable question, celle des conditions matérielles et institutionnelles qui rendent ces colères à la fois inévitables et politiquement inopérantes.

La phase terminale de l’Occident ne réside donc pas dans un effondrement brutal, mais dans cette situation paradoxale où tout semble ne plus fonctionner alors même que plus rien ne peut être décidé là où les conséquences se font sentir. Tant qu’il n’y aura pas de rupture explicite avec les traités européens qui organisent cette impuissance, et plus largement avec le capitalisme néolibéral qui en constitue le socle, les mobilisations spectaculaires, aussi justes soient-elles, resteront enfermées dans le spectacle d’une colère contre un pouvoir qui n’existe déjà plus là où on le cherche.

 

Nicolas Maxime


[1] David Ricardo, Des principes de l'économie politique et de l'impôt (1817).

[2] David Cayla, La Gauche A Abandonné Face Au Néolibéralisme : Comment Reprendre Le Combat ? , Penser c’est chouette, Entretien vidéo (YouTube), 2025, (45) La Gauche A Abandonné Face Au Néolibéralisme : Comment Reprendre Le Combat ? – David Cayla - YouTube.

 

 
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