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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Aide sociale à l’enfance : la faillite silencieuse d’un système

Un fait divers révèle une nouvelle fois les dysfonctionnements de l’aide sociale à l’enfance, fragilisée par le désengagement des pouvoirs publics, la marchandisation du travail social et l’épuisement des professionnels, au détriment de la protection des enfants.

Le 9 décembre 2025, la presse et les médias relaient un fait divers : un enfant de 8 ans se serait fait raser le crâne par des éducateurs dans un foyer de l’aide sociale à l’enfance (ASE) en guise de punition. Ce fait est loin d’être isolé, puisqu’il s’inscrit dans une succession d’événements alarmants révélant les dysfonctionnements chroniques de l’aide sociale à l’enfance : suicides d’adolescents laissés seuls dans des hôtels, situations de maltraitance, carences éducatives, manque de professionnels qualifiés et défaillances institutionnelles régulièrement dénoncées par les professionnels comme dans des rapports officiels.

Pour le comprendre, il faut rappeler ce qu’est la protection de l’enfance. C’est un ensemble de dispositifs qui « vise à garantir les droits fondamentaux de l’enfant, soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits »[1]. Les services de l’ASE s’adressent aux mineurs et aux jeunes majeurs âgés de moins de 21 ans considérés comme étant en situation de danger, et relèvent de la compétence du conseil départemental qui en assure la mise en œuvre et le financement. Ils mobilisent à ce titre des travailleurs sociaux chargés de l’accompagnement éducatif et du suivi des publics concernés, ainsi que des associations, délégataires de pouvoirs publics, intervenant dans l’accueil et l’hébergement des enfants et des jeunes. Fin 2021, on comptabilisait 74 000 jeunes placés dans des établissements de l’ASE[2].

Depuis quelques années, on observe une crise majeure du système de protection de l’enfance. Celle-ci tient notamment à la baisse des dotations budgétaires, les départements étant déjà financièrement asphyxiés, tandis que l’État se désengage de ses responsabilités. De plus, l’émergence des politiques néolibérales ont eu pour effet d’aboutir à une marchandisation du travail, et in fine à une perte de sens chez les professionnels[3]. Cette évolution se traduit par l’introduction d’indicateurs de performance et d’objectifs quantifiables qui transforment l’accompagnement social en une prestation uniformisée et éloigne ainsi les travailleurs sociaux du cœur de leur métier, en réduisant le temps consacré à l’écoute et à la construction du lien au profit de tâches administratives et de contraintes institutionnelles.

Sur le terrain, cela contribue à l'augmentation des burn-out et au turnover des professionnels conduisant les structures à faire appel à des professionnels non qualifiés ou à des intérimaires. Dans certains départements, la situation de certains foyers est particulièrement inquiétante, en raison d’un manque de moyens humains et financiers, d’une instabilité des équipes, d’une dégradation des conditions d’accueil qui ne permettent plus de garantir convenablement la prise en charge et la sécurité des enfants et des jeunes.

Ce constat ne serait pas encore plus terrible s’il ne s’accompagnait du silence assourdissant des pouvoirs publics. « Désormais, tout le monde sait et pourtant rien ne change[4] », déclarait Lyes Louffok, éducateur spécialisé, militant des droits de l’enfant et lui-même ex-enfant placé. Malgré la publication d’un livret blanc[5], force est de constater que le gouvernement s’est distingué par son inaction sur un sujet aussi important. Cette faillite silencieuse d’un système, celui de l’ASE doit nous interroger concernant notre rapport collectif à la solidarité marqué par une perte du « nous  » et une déshumanisation progressive des politiques publiques. Comment pouvons-nous assurer un avenir à notre société si nous n’avons pas la capacité de protéger décemment les personnes les plus vulnérables, à commencer par les enfants et les jeunes ?

 

Nicolas Maxime


[1] Article L.112-3 du Code de l’action sociale et des familles.

[2] DREES, 74 000 jeunes accueillis dans les établissements de l’aide sociale à l’enfance fin 2021, Les dossiers de la DREES, n° 120, juillet 2024.

[3] Nicolas Maxime, La marchandisation du travail social : une profession en perte de sens, La Raison du Peuple, 30 septembre 2025.

[4] Lyes Louffok, intervention lors d’une conférence sur la protection de l’enfance au Conseil de l’Europe, 2023.

[5] Haut Conseil du travail social, Livre blanc du travail social 2023, remis au gouvernement le 5 décembre 2023, publié par le Haut Conseil du travail social (HCTS).

Article paru dans la revue Royaliste N°1315

Article paru dans la revue Royaliste N°1315

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