Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Il y a ceux qui pensent qu’on doit fermer les frontières, construire des murs, expulser les clandestins, voire carrément externaliser les demandes d’asile vers le Rwanda, sans comprendre autrement les motivations des migrants que par la logique de l’invasion. Et il y a ceux qui pensent qu’on peut accueillir inconditionnellement les demandeurs d’asile et régulariser l’ensemble des sans-papiers sans interroger les capacités réelles d’intégration des nouveaux venus.
Comme sur la laïcité, on se retrouve avec deux positions intenables. Aucune nuance n’est possible : on est soit pour ou contre l’immigration, pour ou contre l’accueil des demandeurs d’asile, pour ou contre la régularisation ou l’expulsion des sans-papiers. Or c’est précisément là que réside le problème, car les choses sont infiniment plus complexes et moins binaires que cela.
On peut par exemple être totalement d’accord avec le fait que l’immigration économique exerce une pression à la baisse sur les salaires et contribue à la dégradation des conditions de travail, tout en étant favorable à la régularisation des travailleurs sans-papiers sur lesquels s’exercent un chantage permanent à l’expulsion et une exploitation de la misère.
Rappelons que cette immigration économique, devenue une forme de libre circulation du travail, est déjà organisée au niveau de l’Union européenne avec la directive sur les travailleurs détachés. Rappelons également que c’est le MEDEF qui a exigé la mise en place des fameux « passeports talents » afin d’embaucher à moindre coût des ingénieurs marocains ou tunisiens, et que des think tanks comme l’Institut Montaigne souhaitent aller encore plus loin dans le pillage des cerveaux des pays en voie de développement.
Rappelons aussi que l’immigration irrégulière constitue un vivier considérable pour les exploiteurs de misère. On connaît ces travailleurs sans droits employés au noir dans les arrière-cuisines des grands hôtels et restaurants. On connaît aussi les marchands de sommeil qui louent des taudis insalubres. Désormais, on découvre que des rendez-vous en préfecture sont vendus pour des demandes ou des renouvellements de titres de séjour, les délais d’attente étant devenus exorbitants faute de personnels suffisants pour traiter les dossiers.
Au final, il faut surtout comprendre que l’immigration est un fait social. On ne peut être ni pour ni contre : elle s’impose à nous dès lors que des individus ou des familles décident de quitter leur pays. Si les migrants viennent en Europe ou en Amérique du Nord, c’est parce qu’ils souhaitent élever leur niveau de vie et celui de leurs enfants, ou parfois tout simplement sauver leur peau. Pour cela, ils sont prêts à risquer leur vie, en payant des sommes astronomiques à des réseaux de passeurs, puis en traversant des déserts et des mers dans des conditions périlleuses. Parfois, cela se termine par des drames terribles, abondamment médiatisés.
On constate aujourd’hui que l’« immigration zéro », montée de toutes pièces par la soi-disant extrême droite du marché, n’est qu’un numéro de cirque médiatique. Il n’y a jamais eu autant d’arrivées de migrants à Lampedusa depuis l’accession de Giorgia Meloni au pouvoir[1]. Comme une majorité de responsables de droite, elle est en réalité favorable à une immigration choisie, adaptée aux besoins du patronat[2].
En définitive, on évite soigneusement de questionner le système économique dans lequel nous vivons : le capitalisme financier et mondialisé. Les multinationales et les marchés financiers ont besoin d’exploiter les pays en voie de développement afin de maximiser les profits, ce qui provoque mécaniquement des flux migratoires massifs vers les pays riches. Une fois arrivés, ces migrants sont à leur tour exploités, souvent sous forme de travail sans droits, ubérisé ou dissimulé. Il n’y a rien de plus hypocrite que d’affirmer qu’on ne peut pas « accueillir toute la misère du monde » lorsque l’on prélève déjà une grande partie de sa richesse.
La réponse la plus viable pour permettre à chacun de vivre dignement dans son pays consiste à ne plus soutenir des dictatures, à mettre fin aux accords commerciaux inégaux et, concernant la France, à cesser l’émission du franc CFA. Pour réduire durablement les flux migratoires, il faut accepter d’interroger et de dépasser le capitalisme néolibéral.
Nicolas Maxime
[1] Plus de 118 000 arrivées en Italie depuis début 2023, contre ~65 500 en 2022.
[2] Le 7 juillet 2023, le gouvernement de Giorgia Meloni a donné une autorisation préliminaire à un document de programmation permettant l’entrée légale de 452 000 travailleurs étrangers sur trois ans (2023‑2025), avec des quotas annuels (136 000 en 2023, 151 000 en 2024, 165 000 en 2025).