Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Alors que l’espace médiatico-politique sature autour du conflit israélo-palestinien, la France est entrée de manière manifeste et durable dans une crise du logement. Les chiffres sont sans appel : 17 500 expulsions locatives en 2022, un record, et un bilan 2023 vraisemblablement supérieur sous l’effet cumulé de l’inflation, de la loi anti-squat, et des réformes antisociales de l’assurance-chômage et du RSA[1]. À cela s’ajoute une hausse inquiétante du nombre d’enfants sans abri : ils sont désormais environ 3 000 à dormir dans la rue[2].
Cette crise ne touche plus seulement « les plus pauvres ». Des travailleurs en CDI, gagnant 2 500 euros par mois, ne parviennent plus à se loger dans de nombreuses zones tendues. L’accès au logement est devenu un facteur central de déclassement, révélant l’échec des politiques publiques menées depuis des années : raréfaction de l’offre sociale, financiarisation de l’immobilier, explosion des locations de courte durée, et désengagement de l’État.
Et que fait le gouvernement ? Rien. Pire : il supprime un amendement visant à créer 10 000 places d’hébergement d’urgence supplémentaires[3], et ce le jour même de la sortie au cinéma du biopic consacré à l’Abbé Pierre[4]. Faut-il y voir du cynisme, un mépris assumé des pauvres, ou une irresponsabilité politique devenue structurelle ?
Dans un pays qui produit chaque année des milliers de milliards d’euros de richesses, laisser des familles et des enfants dormir à la rue n’est pas un accident : c’est le résultat de choix politiques. Tant que le logement ne sera pas traité comme un droit fondamental et un bien commun, la crise ne pourra que s’aggraver — au détriment de la cohésion sociale et de la dignité humaine.
Nicolas Maxime
[1] Fondation Abbé Pierre, 28ᵉ rapport sur l’état du mal-logement en France 2023.
[2] 20 Minutes, France : près de 3 000 enfants dorment dans la rue, dont des centaines ont moins de 3 ans, 17 octobre 2023.
[3] Amendement adopté en commission pour ouvrir 10 000 places d’hébergement d’urgence, soutenu par la Fondation Abbé Pierre et d’autres associations, mais non retenu dans la version finale du PLF 2024 adoptée le 9 novembre 2023.
[4] L’Abbé Pierre, une vie de combats, film réalisé par Frédéric Tellier, 2023.