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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

D'égérie du “Je suis Charlie” à persona non grata : Zineb El Rhazoui bannie par le bloc néoconservateur

Désormais, à travers ses prises de position sur les réseaux sociaux en faveur de la Palestine, n’hésitant pas à employer le terme de génocide, Zineb El Rhazoui est devenue persona non grata auprès du bloc néoconservateur, alors même qu’elle avait été érigée en égérie du « Je suis Charlie ».

Pour les néoconservateurs, aucune nuance n’est possible : « ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous ». Cette rhétorique est strictement identique à celle employée par George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001, afin de justifier l’invasion de l’Irak. Dans cette logique binaire, certains considèrent qu’il serait « normal » de tuer des enfants palestiniens, alors que cela deviendrait inacceptable lorsqu’il s’agit d’enfants israéliens. Une vie ne vaudrait donc pas une autre vie. Ce qui compterait ne serait pas la mort en elle-même, mais la manière dont on meurt, et surtout de quel côté.

Le plus inquiétant réside dans le fait que ces arguments, servant à justifier les crimes commis par l’armée israélienne à Gaza, se sont transformés en arguments d’autorité, désormais presque impossibles à contester sans être immédiatement accusé de complicité avec le Hamas, voire d’antisémitisme.

Depuis qu’elle est désavouée par ce bloc idéologique, Zineb El Rhazoui fait l’objet d’un déferlement d’attaques sur les réseaux sociaux d’une violence rare. Autrement dit, elle est renvoyée en permanence à ses origines ethniques, comme si celles-ci invalidaient toute prise de position politique. Comment nomme-t-on déjà ce procédé consistant à essentialiser une personne à partir de son origine supposée ? Dans le cas de Zineb El Rhazoui, soutenir la cause palestinienne devient impossible sans être immédiatement assignée à une identité religieuse ou communautaire. Pire encore, elle est désormais présentée comme islamiste — ce qui contredit radicalement son parcours — et antisémite.

Remise du prix Marianne Zineb El Rhazaoui le 10 mai 2019 au siège du Grand Orient de France. Creative Commons Attribution 3.0.

Les néoconservateurs semblent incapables de saisir la complexité d’une position pourtant limpide : Zineb El Rhazoui est à la fois propalestinienne et profondément laïciste. Cette position n’a d’ailleurs rien de nouveau. Dès 2009, elle tenait déjà des propos similaires sur Facebook, alors qu’elle se trouvait à Rafah, dans la bande de Gaza, témoignant de la situation sur le terrain[1].

Au regard de son parcours intellectuel et militant, on peut affirmer que Zineb El Rhazoui a fait preuve d’un courage politique réel en prenant publiquement position pour les Palestiniens de Gaza, au moment précis où la pression médiatique, politique et symbolique rend toute parole dissidente quasi inaudible. Son exclusion soudaine du camp néoconservateur révèle moins une prétendue dérive de sa part qu’un rétrécissement inquiétant du débat public, où la complexité est bannie au profit d’un alignement idéologique sans nuance.

 

Nicolas Maxime


[1] Publications de Zineb El Rhazoui sur ses comptes personnels (Facebook/Blogs) datées de janvier 2009, rédigées depuis la zone frontalière de Rafah lors de l'opération Plomb Durci. Ces témoignages de terrain illustrent la pérennité de son engagement pour la cause palestinienne, parallèlement à son combat laïciste.

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