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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Élection de Javier Milei en Argentine : synthèse entre l'autoritarisme et le libertarianisme

Javier Milei, candidat ultralibéral et réactionnaire, à la coupe de cheveux à faire pâlir Franz-Olivier Giesbert, a été élu président de la République en Argentine. Rappelons-le : Milei promet de « décapiter l’État à la tronçonneuse », d’en finir avec les dépenses publiques de santé et d’éducation, se revendique climatosceptique et s’oppose à l’avortement. Milei, c’est une forme de croisement entre Donald Trump et Elon Musk.

Javier Milei lors d’une interview sur Todo Noticias (TN) à propos de la suppression de la Banque centrale, 21 mars 2019. Image diffusée par Todo Noticias. Licence Creative Commons Attribution 3.0, via Wikimedia Commons

Quelques leçons à retenir de cette élection :

  • Ce qui se passe en Argentine est emblématique de ce qui se produit un peu partout depuis quelques années : Trump, Giorgia Meloni, Jair Bolsonaro… Un système économique à bout de souffle élit ses représentants les plus extrêmes, qui promettent des ruptures spectaculaires sans jamais s’attaquer aux causes structurelles des crises.
  • Une partie des jeunes et des catégories populaires a voté massivement pour Milei. Biberonnés à l’hyper-narcissisme des réseaux sociaux et de la téléréalité, certains choisissent, dans une forme d’autodestruction collective, ce qui est objectivement le pire pour eux. Il n’y a plus de common decency[1], mais le règne du « chacun sa merde ».
  • Ce n’est pas l’immigration qui explique ici le vote populiste. L’Argentine est au contraire un pays d’émigration, frappé par la crise économique et l’hyperinflation. Ce qui pousse les électeurs vers ces candidats, c’est la radicalité de leurs positions et de leurs propositions : immigration zéro pour Meloni, liquidation de l’État-providence pour Milei. La brutalité des solutions est perçue comme une preuve de sincérité.
  • La gauche apparaît inerte, divisée et sans solutions. Pire encore, elle est perçue par une large partie de l’électorat comme bourgeoise, moralisatrice et déconnectée des réalités populaires, incapable d’offrir une alternative crédible au désastre social.

L’avenir de ce que l’on appelle l’« extrême droite » se dessine ainsi : un mélange de conservatisme sociétal, de nationalisme identitaire et de libertarianisme économique et social. Il n’est pas exclu que ce type de candidat émerge un jour en France. Si Marine Le Pen reste encore relativement étatiste – le néolibéralisme étant aussi une forme d’étatisme – Laurent Obertone incarne déjà une synthèse libertarienne, conservatrice et identitaire, annonciatrice de recompositions futures.

 

Nicolas Maxime


[1] George Orwell, The Lion and the Unicorn: Socialism and the English Genius, Londres, Secker & Warburg, 1941 ; notion reprise et théorisée par Jean-Claude Michéa, Orwell, anarchiste tory, Paris, Climats, 1995.

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