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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Jacques Delors, ou le fossoyeur de la souveraineté nationale et populaire

Voici le bilan de Jacques Delors, que l’on présente souvent comme le « père de l’Europe » :

  • 1982–1983 : En tant que ministre de l’Économie et des Finances, il est l’un des principaux instigateurs du tournant de la rigueur, après l’échec de la relance keynésienne de 1981. Il engage des réformes d’inspiration monétariste visant à libéraliser les marchés financiers :
    – suppression de l’échelle mobile des salaires, et donc de l’indexation des salaires sur l’inflation ;
    – création du compte d’épargne en actions (ancêtre du PEA) avec crédit d’impôt, émissions de titres participatifs et une série de mesures favorisant l’investissement financier à partir de l’épargne, entraînant l’explosion de la Bourse de Paris et une privatisation rampante du capital public ;
    – baisse importante des dépenses publiques, donc de la demande globale, contrecarrant une grande partie des effets de la relance engagée jusque-là.
  • 1984 : Il fait voter la loi bancaire, qui consacre le principe de la banque universelle et marque la fin de la séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires.
  • 1986 : Il est l’un des principaux artisans de la signature de l’Acte unique européen, qui institue la libre circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes, et pose les fondations du marché unique européen.
  • 1992 : Il joue également un rôle central dans le Traité de Maastricht, qui entérine la monnaie unique et la règle des 3 % de déficit budgétaire à ne pas dépasser.
Wikimedia Commons / Fichier : Jacques Delors (1993).jpg / Photographe inconnu / European Communities / 1993 / Licence Creative Commons Attribution 4.0 (CC BY 4.0)

Par le marché unique et la monnaie unique, Jacques Delors a acté la fin de la souveraineté monétaire et économique de la France, désormais tenue de rendre des comptes à Bruxelles et à Francfort, rendant quasiment impossible toute alternative économique au capitalisme néolibéral.

Celui qui se présentait comme le défenseur d’une « Europe sociale » a été, dans les faits, le chantre de l’ordolibéralisme allemand, de la soumission de la France à l’Union européenne et aux marchés financiers.

En invoquant un prétendu pragmatisme économique et en s’inspirant des politiques néolibérales, il a introduit une profonde confusion idéologique dans son camp : un mélange de social-démocratie, de progressisme libéral et d’européisme béat. Ce faisant, il a ouvert la voie à une longue entreprise de discrédit de la gauche, et en particulier du Parti socialiste. Il a été suivi par d’autres fossoyeurs — Laurent Fabius, Pierre Bérégovoy, Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn, François Hollande, Manuel Valls — jusqu’à provoquer la disparition politique de ce courant et l’émergence du macronisme, synthèse plus radicale et plus autoritaire de ce mouvement.

Voilà ce que l’on peut retenir de Jacques Delors. Loin des hommages convenus, il convient de rappeler les responsabilités historiques de ces dirigeants qui, souvent dédouanés au moment de leur disparition, ont pourtant causé des dommages durables à la souveraineté nationale et populaire.

 

Nicolas Maxime

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