Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
Les médias nous abreuvent quotidiennement de faits divers en lien avec l’insécurité. Pourtant, nous sommes collectivement incapables de dénoncer la violence sociale massive que constitue le sans-abrisme. Car il n’existe sans doute pas de situation plus violente et plus insécurisante que celle de dormir dans la rue, exposé au regard de tous.
Les personnes sans abri risquent d’être agressées à tout moment. Leurs affaires personnelles peuvent être dérobées, leurs maigres lieux de survie — cartons, tentes, sacs — détruits ou confisqués. Elles vivent dans une insécurité permanente, physique, psychologique et sociale, qui dépasse largement celle mise en scène par les récits médiatiques sensationnalistes.
Comme l’a analysé Benoît Girard, nous sommes entrés dans une « tragique espérance »[1] : une période de pré-effondrement civilisationnel où le capitalisme néolibéral parvient à faire accepter l’inacceptable. Grâce à la société de consommation, au divertissement permanent et à la mise à distance des souffrances sociales, l’indignité devient une norme tolérée.
Si notre pays — la France — qui produit chaque année plus de 2 500 milliards d’euros de richesses[2], est incapable d’héberger quelques milliers de personnes sans abri afin qu’elles puissent simplement dormir au chaud, en sécurité, et surtout retrouver leur dignité, alors comment croire que nous serions capables, collectivement et en tant que nation, de relever des défis bien plus vastes ?
Comment prétendre restaurer une souveraineté agricole, industrielle ou énergétique ?
Comment imaginer mener à bien une véritable transition écologique de l’économie ?
L’incapacité à garantir un toit aux plus vulnérables révèle moins un manque de moyens qu’un effondrement des priorités politiques et morales. Le sans-abrisme n’est pas une fatalité mais le symptôme d’un système qui accepte la violence sociale comme variable d’ajustement.
Nicolas Maxime