Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...
La question n’est pas d’être pour ou contre l’abaya, mais de constater qu’il s’agit, dans la tête de nombreux jeunes de banlieue, davantage d’un vêtement de mode que d’un vêtement religieux. Cela n’a rien à voir avec le hijab ou la burqa qui, pour le coup, relèvent de l’islam radical.
L’abaya est un vêtement traditionnel porté essentiellement dans les pétromonarchies : Arabie saoudite, Qatar, Émirats arabes unis. Il est devenu un vêtement de mode pour des jeunes de banlieue en quête d’identité et de richesse depuis que des influenceuses installées à Dubaï l’ont promu comme un signe d’ascension sociale.
D’un côté, on s’attaque à ce vêtement en pensant qu’il s’agit d’un signe de radicalité islamiste ; de l’autre, on le défend en pensant défendre les musulmans. Tout le monde passe à côté du sujet.
En réalité, l’abaya n’est que le signe de l’indécence du capitalisme islamique, ou du capitalislamisme des Émirats arabes unis[1] : un pays où il est permis d’accumuler des richesses à l’excès et où, dans le même temps, tout est interdit par la loi, sans compter l’exploitation quasi légalisée des travailleurs migrants. On peut y voir un signe de l’entrisme des EAU qui, comme d’autres pays — à l’image de la Chine — cherchent à imposer leur modèle économique et sociétal au reste du monde, en particulier aux musulmans des autres pays.
Faut-il pour autant interdire l’abaya ? Ce serait totalement contre-productif et insensé. À ce compte-là, on pourrait aussi interdire les requins Nike ou les joggings Lacoste. Certaines jeunes filles, n’y voyant pas un signe ostentatoire, refuseront de s’y plier et pourraient même se radicaliser par la suite. À se demander parfois si ce type de décision n’est pas fait exprès.
Au lieu d’interdire bêtement ou de crier à l’islamophobie, il suffirait de renouer avec un mot simple : éducation. Éducation aux médias pour cesser de gober les discours des influenceurs et influenceuses de Dubaï, enseignement du fait religieux et de la laïcité, et surtout interventions d’éducateurs spécialisés ou sportifs. Ces jeunes ont souvent besoin de figures d’autorité structurantes, qu’ils n’ont pas toujours dans leur environnement familial.
Oui, cela ferait moins de polémique et demanderait davantage de moyens. Mais l’éducation des enfants et des adolescents n’est-elle pas, justement, un investissement essentiel pour former les citoyens de demain ?
Nicolas Maxime
[1] Le terme « capitalislamisme » désigne un capitalisme autoritaire dans lequel des références islamiques sont instrumentalisées à des fins économiques, culturelles et géopolitiques, notamment dans certaines pétromonarchies du Golfe comme les Émirats arabes unis.