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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Punir plutôt que protéger : les TIG pour parents, nouvelle dérive autoritaire

Aurore Bergé souhaite obliger les parents dits « défaillants » à effectuer des travaux d’intérêt général (TIG).

Il convient d’abord de rappeler que les TIG sont déjà très peu appliqués aux délinquants, faute d’associations partenaires en nombre suffisant. Dans ces conditions, comment imaginer leur mise en œuvre pour des parents d’enfants impliqués dans des faits de délinquance ?

Il faut également rappeler à Mme Bergé qu’il existe déjà une institution et une profession chargées d’identifier et d’accompagner les situations de fragilité parentale : les éducateurs spécialisés de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Ces professionnels interviennent lorsque l’enfant est considéré comme étant en danger. Car avant de parler de « défaillance parentale », il faut d’abord reconnaître une évidence trop souvent évacuée : c’est l’enfant qui est en danger[1].

Aurore Bergé, 2023, photographie de Hugues de Beauchesne, Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

S’il existe effectivement des parents irrespectueux ou irresponsables, il existe aussi de nombreuses situations où les parents ignorent les actes délinquants de leurs enfants, ou bien se trouvent eux-mêmes en grande difficulté et demandent de l’aide. Certaines familles découvrent brutalement l’implication de leurs enfants dans des délits ; d’autres mineurs sont déjà suivis par l’ASE parce que le ou les parents — souvent isolés — ont perdu tout contrôle sur la situation.

À cela s’ajoute une absence criante de travail coordonné entre l’Éducation nationale, la protection de l’enfance et la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ). Il n’est pas rare que des enseignants découvrent tardivement que leurs élèves sont placés ou suivis dans le cadre de mesures éducatives, signe d’un cloisonnement institutionnel préoccupant.

La proposition d’imposer des TIG aux parents apparaît ainsi comme une mesure purement autoritaire, dont l’effet principal serait de punir des personnes déjà surexploitées. Des mères célibataires précaires, cumulant des horaires de travail épuisants pour subvenir aux besoins de leur famille, se verraient en plus condamnées à des sanctions supplémentaires, sans qu’aucune solution de fond ne soit apportée.

Cette logique rappelle fortement le conditionnement du RSA à des activités obligatoires : on s’attaque aux conséquences visibles sans jamais interroger les causes structurelles — pauvreté, précarité, effondrement des services publics — ni chercher à les traiter. Il est, de fait, plus simple de sanctionner que d’allouer des moyens supplémentaires à l’Éducation nationale, à la protection de l’enfance ou aux services sociaux, et de réformer en profondeur le système.

Rien ne semble désormais freiner la macronie dans sa course à la captation des voix de droite. Ni la cohérence des politiques publiques, ni la réalité sociale des familles concernées, ni même le risque d’une démagogie assumée.

 

Nicolas Maxime


[1] Article L.112-3 du Code de l’action sociale et des familles.

 
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