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Je n’ai pas de parcours universitaire classique, je suis autodidacte. Je suis devenu critique du néolibéralisme, de ses effets économiques, sociaux et culturels. Mes références actuelles sont Emmanuel Todd, René Girard, Jean-Claude Michéa, Dany-Robert Dufour, Bernard Friot, Frédéric Lordon, David Cayla, Coralie Delaume, David Graeber, Michel Feher, Naomi Klein...

Quand l’antisémitisme devient un argument de plateau

Entre Cyril Hanouna qui déclare que le boycott de son émission, c’est de l’antisémitisme, Pascal Perri qui évoque un antisémitisme « couscous » et Raphaël Enthoven qui pense que l’antisémitisme éclaire « la source de toute haine », l’instrumentalisation de l’antisémitisme à des fins politiques et médiatiques finit par mettre à mal la lutte contre les actes antisémites réels, concrets, et malheureusement bien présents.

Car à force d’élargir indéfiniment le mot, on le vide : tout devient antisémitisme, donc plus rien ne l’est vraiment. Le résultat est pervers car au lieu de protéger, de nommer et de combattre les violences antijuives, on fabrique un bruit de fond où l’accusation sert de massue rhétorique, de preuve automatique, et parfois d’outil de disqualification morale. Le débat public se transforme alors en tribunal permanent où l’on ne discute plus, on étiquette.

Sur ce point, il est utile de relire ce qu’écrivait déjà Emmanuel Todd en 2020, dans Les luttes de classes en France au XXIe siècle[1] (et qu’on ne peut sérieusement soupçonner d’antisémitisme, y compris au regard de son histoire familiale). Todd décrit précisément le danger d’une exploitation politique du sujet :

  • « L’instrumentalisation par le pouvoir de l’antisémitisme m’a ulcéré. »
  • Il évoque une opération qui, sous couvert de défense, remettrait « le Juif au cœur des problèmes sociaux français »
  • Et il va jusqu’à écrire qu’une telle mécanique revient, « d’une manière nouvelle, (…) [à désigner] le Juif comme bouc émissaire »

Autrement dit : il ne s’agit pas de nier l’antisémitisme (Todd insiste au contraire sur sa réalité et sa recrudescence), mais de refuser la confusion organisée qui consiste à transformer la lutte contre l’antisémitisme en outil de communication, en arme de polarisation, ou en stratégie d’alignement politique.

Todd rappelle aussi que le phénomène ne se réduit pas à une explication unique, ni à un seul « camp ». Il souligne l’existence d’un antisémitisme des banlieues, mais insiste sur le fait que l’antisémitisme est également massif dans d’autres contextes, notamment anglo-américains, et pas seulement au sein de populations musulmanes : il mentionne des réalités touchant les États-Unis et le monde anglo-saxon, et propose l’hypothèse d’un antisémitisme contemporain lié à une stratification éducative et à un ressentiment social dirigé vers des groupes perçus comme « surreprésentés » parmi les plus diplômés.

Dans ce climat, les exemples récents observés aux États-Unis — agressions de rue visant des juifs, sorties antisémites de Kanye West[2], emballements complotistes autour de Kyrie Irving[3] — rappellent une évidence : l’antisémitisme n’est ni un gadget d’antenne, ni un mot-valise, ni une posture. C’est une haine active, mouvante, et précisément pour cela, elle doit être combattue sans qu’elle tombe dans la mise en scène.

 

Nicolas Maxime


[1] Emmanuel Todd, Les luttes de classes en France au XXIe siècle, Seuil, 2020.

[2] En octobre 2022, le rappeur a multiplié les déclarations antisémites sur Twitter (X) et Instagram, promettant notamment de passer en mode « death con 3 sur les Juifs ».

[3] Le basketteur de la NBA a déclenché une polémique majeure en novembre 2022 en faisant la promotion sur ses réseaux sociaux du film Hebrews to Negroes: Wake Up Black America, un documentaire contenant des thèses négationnistes et complotistes.

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